24.01.2008
UN VILLAGE PARMI LES AUTRES
1 - AVANT-PROPOS :
Le présent blog fait partie d'une petite galaxie documentaire concernant le Mali, le Sahel, ... et dont l'élément central est situé sur le WEB PEDAGOGIQUE.
- Kéké est un village de la commune de NIANASARY dans l'est malien à proximité de la ville de Djenné où ENTR'AIDE FRANCE MALI a réalisé.
Ce sont plusieurs actions concernant la santé qui y ont notamment réalisées.
ENTR'AIDE FRANCE MALI appuie cette action de solidarité qui fait l'objet d'un blog : http://keke.hautetfort.com
- Kouloun est une commune de l'ouest malien à proximité de la ville de Kayes.
Elle est l'objet d'une coopération avec un établissement scolaire français, le lycée Turgot de Roubaix.
ENTR'AIDE FRANCE MALI appuie cette action de solidarité qui fait l'objet d'un blog : http://kouloun.hautetfort.com
CONCERNANT LA COOPERATION NORD PAS DE CALAIS avec la REGION DE KAYES :
- voir aussi le site de roncq.selinkegny qui présente la coopération entre la Ville de Roncq et la Commune malienne de Sélinkégny. Vingt années d'amitié et de travaux en commun.
- sachez qu'il existe aussi une coopération entre LAMBERSART avec la Commune malienne de MAHINA intitulée ANGATA LAMBERSART et celle de LESQUIN avec BAFOULABE : ANGATA LESQUIN
- il existe aussi une coopération inter bibliothèque entre OUASSALA et LEZENNES : http://www.olpmali.gov.ml/ville.htm
Voir aussi : http://www.coopdec-mali.org/joomla/index.php?option=com_c...
- une communauté de communes du secteur de Cambrai vient de se jumeler avec GORY GOPELA commune situé au nord de GABOU GOPELA, village de la commune de Kouloun.A suivre.
- La ville deValenciennes -ou une association de cette commune- est en relationavec LIBERTE DEMBAYA commune jouxtant celle de Kayes. A suivre.
2 - LE PRESENT BLOG EVOQUE PRINCIPALEMENT LE MARIAGE TRADITIONNEL EN PAYS BAMANAN ('Bambara') DES ANNEES 1960-1970 c'est-à-dire LA POLYGAMIE, LES RELATIONS ENTRE EPOUSES, LES BIENS DU MARIAGE, LE ROLE DE L'EXCISION et de multiples
aspects de la vie cultuelle de l'époque.
VOUS TROUVEREZ TOUT CELA AU TRAVERS DU VILLAGE DE BELEKO qui est devenue une commune située entre Ségou et Sikasso dans l'est malien. Le travail que nous présentons est réparti en 10 chapitres qui sont dans le menu.
Les informations présentées sont issues de la thèse d'ethnologie de René LUNEAU * soutenue en 1975 à l'université de Lille. Il a effectué plusieurs séjours à Béléko où il a eu pour poste d'observation une mission catholique implantée depuis quelques temps.
* Né à Nantes en 1932, René Luneau est dominicain. Longtemps enseignant à l'Institut Catholique de Paris et chercheur en sociologie de la religion au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il a découvert l'Afrique au début des années soixante et lui a consacré, seul ou en collaboration, une dizaine d'ouvrages. Nous sommes allé le visiter et ilnous a confié des photographies prises à l'époques.
Il a publié entre autres choses en 2002 COMPRENDRE L'AFRIQUE
Quelques illustrations proviennent de l'équipe MALI du Lycée Turgot de Roubaix.
Voyez aussi http://kouloun.hautetfort.com ainsi que http://keke.hautetfort.com
3 - LA COMMUNE DE BELEKO : BELEKO GWENGUENA LONGITUDE : 006W26 LATITUDE : 012N27.
voir carte GEONAME : cliquer Sélectionner PLAN sur la carte et Régler l'échelle de la carte.
En pays bambara ou plutôt ‘bamanan’, Béléko est situé au centre d’un pays de savane limité à la fois par le BAGOE (fleuve blanc), le BAOULE (fleuve rouge), le BANI (le petit fleuve) et le BANIFING (le petit fleuve noir).
Béléko vient de « bèl » ou gravier et signifierait : derrière la colline.
Il est le chef-lieu d’un arrondissement divisé autrefois en trois « kàfo » (cantons) : DYEDOUGOU dont le centre est Béléko, DOLENDOUGOU, autour de Dandougou au nord, et KORODOUGOU, autour de Bougoukourala au sud. L’ensemble représente en 1970 cinquante deux villages soit 20 733 habitant-e-s. Outre l’ethnie principale ‘bamanan’, on y trouve aussi des minyanka, malinké, sénoufo, marka, mossi, samogo, et les commerçants dyula (dioula).
L’origine de Béléko remonte à la venue d’un chasseur ombrageux venant de Ségou. Il s’est installé près d’un « faladji » (marigot ou point d’eau) ; une femme de Tyékouméla l’a rejoint. C’était un Kouloubali. Voir Soungalo COULIBALI.
Le « sokala » ou quartier, le plus ancien de Béléko est celui de Famola et on y a la garde du « korè » * voir dans le menu SOCIETES INITIATIQUES. Puis historiquement, vinrent deux autres quartiers historiques, Soba, le quartier du marché qui est peuplé de bamanan (les Kouloubali), de dioula (les Dabala) et de mossi (les Mosiwkayorola) et Dyawarila (bamanan et malinké).
Il reste encore Sengala (bamanan), les 2 Dougouyala, koro, l’ancien et coura, le nouveau (minyanka, bamanan, et peul) ainsi que Flala et Gwengwena Flala (peuls). Le dernier quartier est Noumouna, celui des « numu » (forgerons). Soit neuf quartiers en tout.
Un lecteur du blog, M. Dieudonné Bomba, nous signale que " Fiangala [non cité] est aussi un vieux quartier de Beleko" et que "les habitants de Dougouyala sont des senoufo et non des mianka
Soba passe de 240 hab. en 1953-55, à 918 en 1964, et 1 000 en 1970.
Dyawarila passe de 100 à 400 dans le même temps.
L'ensemble Béléko (la commune entière) : 2 762 hab. en 1963-64 et 2 993 en 1968
Autrefois, le roi de Ségou nommait le chef de Béléko et y prélevait l’impôt.
On subissait l’attaque de villages 'ennemis' qui convoitaient femmes et récoltes. Mais, à l'occasion, on pouvait soi même devenir « binkanikèla » (bandit) pour son propre compte d’autant plus que le secteur était aux marches de deux royaumes.
Au confluent de huit pistes, avec en outre la chefferie du canton, son gros marché, puis bien plus tard, la présence de la mission catholique et de son école, chacun-e est conscient-e d’être de Béléko : on s’y habille mieux, on y est plus évolué-e en ces années où l’indépendance vient d’arriver. On se moque de l’accent de certains villages voisins (Wontya, Nossombougou, Diana, Mokele) et des gens réputés de la brousse.
Cependant, juste retour des choses, pour les gens des villages voisins, ceux de Béléko sont réputés bavards et prétentieux. Le terme « belekokaya » ou façon d’être des Bélékois-e-s, est nettement péjoratif.
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LE QUOTIDIEN
1 - UNE CONCESSION
Voici la description d’une concession (propriété semblable aux autres), « fan », où logent deux frères, . La porte d’entrée, « kòn », est en bois dur de « caïlcrédat » , autrefois elle était munie d’une serrure en bois typique.
* le caïlcrédat est utilisé pour construire les pirogues, est aussi beaucoup apprécié pour l’ombre de son vaste feuillage.
L'aîné est chef de famille occupe la partie (« fani ») la plus étendue car il a trois épouses. Son frère n'en a qu'une son « fani » est plus restreint.
L'ensemble est construit autour d'une ruelle en impasse.
Les constructions sont en brique de terre ou « tufa » et couvertes d’une tôle en fer.
A l’intérieur de la concession, la partie gauche est celle de l'aîné, chef de famille. Les cases sont de 4m sur 3m environ. Elles sont construites au fur et à mesure des besoins. Le long d’un mur se trouve une douchière (« nyεgεn ») non représentée.
Pintades et poules vivent là dans les cours intérieures. L'ensemble forme le « dù » (maison).
Peu d’arbres dans la concession, parfois un manguier ou quelques papayers chétifs. Un ou deux puits, un four à noix de karité « dibi », une zone de cuisine le canari (réserve d’eau à boire) et le « gwà » (foyer composé de trois pierres) complètent l’équipement familial de chaque « fani ». « Gwà » possède le même sens qu’en français et se trouve utilisé à la place de « dù ».
Le vestibule ou blòn » est l’endroit par où chacun-e se doit d’entrer et sortir : on dit, je suis de tel ou tel « blòn ». Un ensemble de blòn » forme un quartier ou sòkala » qui a lui-même un vestibule, le blònmada » qui est le lieu des réjouissances collectives et une petite case coiffée de paille consacrée à un génie de culte local.
2 - LA VIE QUOTIDIENNE
Le premier symbole est l'arbre aux palabres c'est à dire la recherche à tout prix de la paix.
L’arbre aux palabres n’a d’autre fonction que d’être le lieu où on prend le temps de faire connaissance, d’attendre, de s’habituer les uns aux autres, de voir venir. C’est comme les salutations qui sont longues, un véritable rituel sous forme de litanies "DIALLO ! COMMENT CA VA ? TA FAMILLE ? QUE CHACUN-E SE PORTE POUR LE MIEUX ! ..." multipliées par le nombre de personnes qui se saluent ! Elles doivent durer le temps de mettre à l’aise le visiteur.
L’art du palabre est une recherche inlassable de la paix. Mais toutes les paroles n’ont pas la même valeur : la parole peut être vide « kùmadunitan » ; obscure « kùmanaje » ; sérieuse « kùmasεbe » ; claire, lumineuse « kùmajεlen »,
On dira aussi : « korofabakela dòn », c’est un beau parleur ; « à bí korofo kojugu » il parle trop ; « à da ka di nka kiwale t’à la » beaucoup de belles phrases mais pas d’action ; ou au contraire : « karisà te kumà lankolon folà yé » il ne parle pas pour ne rien dire.
Citation de E. BALENGHIEN : [ Lors du conseil des Anciens ...] une règle inspirée tant par la politesse que par la prudence et un certain humour teinté d’ironie exige que toute déclaration commence par l’approbation des ceux qui ont déjà parlé ; cette approbation sera d’autant vigoureuse que celui qui a parlé est d’autant plus respectable ou que l’accord sera moins facile à réaliser. Ce n’est qu’après cette approbation formelle que l’orateur indiquera sa propre opinion.
Cependant, il arrive aussi que lors d’un palabre chacun peut prévoir avec certitude la décision finale soit en jaugeant les ‘forces’ en présence, soit en estimant que les principaux intéressés se sont déjà entendus sur la chose.
Devant ce fait accompli , le ‘camp adverse’ plutôt que de livrer un combat d’arrière garde stérile et nuisible à l’entente jugera plus utile d’utiliser son éloquence à consolider l’entente plus ou moins menacée tout en s’assurant à lui-même une position confortable dans le rapport des forces en présence et en attendant une meilleure occasion.
Dans la vie ordinaire, les querelles de familles ou de quartier sont toujours empreintes d’humour et les échanges sont toujours très libres dans leurs propos entre les personnes : moquerie et plaisanterie des traits de caractères sont la source d’inspiration.
La farce villageoise, le « kotè » confine à la petite satire du mariage par exemple voire au théâtre comique. Le « koredyuge » est d’ailleurs le bouffon, le pitre qui amuse le public, les déguisements cocasses. Les saynètes sont toujours hautes en couleurs et constamment nourries de l’actualité quotidienne,. Plusieurs auteurs et observateurs en témoignent : ces démonstrations passent en revue l’avarice, la jalousie, la cupidité, mais aussi la disgrâce physique, les infirmités, l’hémiplégie.
Les chants souvent tragicomique accompagnent généralement les spectacles.
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La mort est une grande affaire !
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
Ceux avec qui on se promène
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire ! Même ceux avec qui l’on vit
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Il n’y a d’autre ennemi que cette maladie là !
3 - LA VIE ECONOMIQUE
Implantée sur ce sol depuis six ou sept génération, la population de Béléko a pour première souci de survivre.
La majeure partie des activités proviennent de la terre et sont évidemment agropastorales. L'alternance des saisons rythme la vie et toutes les activités du village.
Le lien à la terre est très fort à Béléko où chacun est paysan.
Les champs sont de trois catégories :
- la « jé », large dépression alluviale, fournit l’essentiel de la prospérité du village.
- les « sòforo », champs de la maison, à proximité des quartiers.
- les « fòro » ou « kungoforo », champs de brousse, souvent fort éloignés.
La saison des pluies, en 1960-70, dure 4 mois de début juin à début octobre et marque le temps fort de la saison agricole.
A cette époque, dans la « jé », c’est le moment du maïs (monyon, kàba) et du riz « malo) ; dans les autres parcelles, faute d’engrais, s’opère une rotation triennale : coton (kwori), mil (nyo) et arachide (tiga). Mais le coton connaît une expansion considérable.
En plus de ces cultures, on trouve le fonio (fini), le haricot (sho), la patate (wòso), l’igname (kù), le manioc (bananku), le taro (kurboy), le pois de terre (tigakolo).
L'hivernage, de juin à début octobre, marque le temps fort de la vie agricole. Avec les premières pluies, on sème le mil, céréale de base. Puis, viennent, en octobre, le maïs, le riz,le fonio,les haricots et les pois chiches. Tout le monde passe sa journée aux champs. les hommes assurent l'essentiel de travaux ; les femmes apportent le repas de midi et se rendront utiles ici et là.
On aurait tort de croire que la saison sèche est celle du désoeuvrement. Les grandes récoltes achevées, greniers à mil pleins, on retourne à son champ repiquer les plants de tabac (voir photo ci contre de R. LUNEAU] préparés durant l'hiver. Jusqu'au début avril, c'est aussi la corvée d'arrosage après cette date le soleil brûle tout.
Au marché du samedi, le tabac et les oignons ne manquent guère, ils sont avec le coton les produits locaux commercialisables.
[Le 8 avril 2008,René LUNEAU nous précise qu'à retour en 1970, le coton avait été fortement développé].
A l'époque, le commerce et l'artisanat sont réduits à très peu de choses, les "numu" -forgerons- sont une activité voire un caste à part.
Parfois les femmes se font marchandes : un épouse désirant se faire un pécule peut aller sur le marché vendre une part de mil du grenie. En ce cas elle fait vendre le mil par une amie discrète. Sinon, elle peut aussi ramasser des noix de karité en forêt (ou dans les champ collectif) et produire du beurre qui contribuera à son pécule. Le filage du coton est une autre activité rémunératrice
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LE MARIAGE
Note de la rédaction : le livre intitulé "MUTILEE" et signé 'Khaldy' chez OH ! Editions [et chez POCKET], actualise le thème décrit dans la thèse ici résumé. Seules différences, il s'agit d'une sénégalaise (et non malienne) de culture soninké (et non bamanan), d'un cas personnel (et non générique) ; Khaldy est née en 1959 et excisée en 1967 alors qu'elle n'a pas huit ans. Elle finit pas devenir militante du GAMS. Elle décrit le temps qui a fallu et les circonstances qui lui permettront de s'émanciper du joug traditionnel. Les relations familiales élargies et particulières sont une illustration parfaite du travail de René LUNEAU.
Rappel 1: les descriptions qui suivent décrivent la société rurale de 1960-70 ce qui correspond tout à fait au témoignage de Khaldy.
Rappel 2: les réalités décrites dans la thèse de René LUNEAU ou même dans l'ouvrage ci-dessus, sont pour une part dépassées. Au Sénégal, par exemple, l'excision est interdite depuis 1998 suite à l'action de personnes comme Aminata SY que nous avons rencontrée en 2006 à Roubaix.
A voir : le clip Non à l'excision, Tiken Jah Fakoly http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaft-2g.html
1 -LES PREMIERES DEMARCHES
On attend le plus souvent qu’une fillette ait atteint l’âge de raison pour entamer auprès de sa famille les premières démarches.
Mais, ce peut être parfois dès 5-6 ans ou même au moment de la naissance où l’on annonce son intention en jetant quelques cauris (coquillages servant de monnaie) dans l’eau du bain de la bébée.
Le conseil de famille du garçon ne comprend que des hommes (dont le futur conjoint) entérine par la suite l’union envisagée. Le conseil de famille de la fille se réunit également fait interroger le génie familial voire les ancêtres et en général sacrifie un poulet.
Un intermédiaire, le « fùrujatigi » (négociateur du mariage) apportera à la famille de la fille l’accord officiel et public du « wòrosiri » (promesse de mariage): il est matérialisé par un sac de cuir contenant une centaine de cauris, du fonio, de la graine d’oseille et de coton.
Et, même si le mariage n’a lieu que sept ou huit ans plus tard, les deux familles se considéreront comme alliées.
2 - LA PORTE DU MARIAGE
Une fille ne sera jamais mariée avant d’être excisée mais le mariage surviendra quelques mois après l’excision (« seji », le mot convient aussi pour la circoncision des garçons) et la « selidenya ». période de réclusion qui l’accompagne. Ce sont les parents qui en décident, il n’y a ni âge prédéterminé, ni date fixée avec précision. Il suffit que l’on soit aux premiers mois de la saison sèche (décembre-janvier).
On prévient la famille du marié de la date afin que elle se prépare à offrir les cadeaux : un bouc, un coq, deux noix de kolas, neuf bandes de toile de neuf coudées chacune.
La veille du jour tout à la fois attendu et redouté, les fillettes participent à une veillée (« sòlosi ») animée par leurs tantes paternelles (« tεné ») qui chantent :
Je marcherai sur les genoux sans hésiter* (bis)
Je marcherai sur les genoux.
Pour la prévenante ‘Najε’
Je marcherai sur les genoux.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’, ho
Tu ne veux pas me donner de l’eau ?
Vite, elle s’empresse
Pour me la donner.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’, ho
Tu ne veux pas me laver ce récipient ?
En un rien de temps, le voilà propre
Pour me le donner.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’
Tu ne veux pas me balayer cet endroit petite sœur ?
Voilà l’endroit balayé
Comme je l’ai demandé.
Je marcherai sur les genoux sans hésiter* (bis)
Aux premières heures du jour, les « tεné » (tantes paternelles) et les fillettes se rendent en cortège au lieu de l’excision –un lieu à l’écart dans la brousse-, revêtues de leur « ntòrola » (pagne de ‘résurrection’).
A leur arrivée, les filles s’écartent un peu, enlèvent leur pagne. Elles ne portent aucun bijou. Et se présentent une à une devant la forgeronne. Elles s’adossent à une vieille femme, une autre leur maintient les jambes et une autre encore leur couvre les yeux de sa main.
Le clitoris sera remis à la mère qui l’enterrera dans sa case.
Remarque sur cette pratique [note de la rédaction] : si le clitoris, parfois développé, venait en contact avec l’enfant lors de l’accouchement, ce serait, dit-on, grand malheur à venir pour lui. D’autre part, concurrent de la verge, il se dit aussi que l’enfant qui naît est à la fois mâle et femelle et qu’il faut en quelque sorte ‘sexuer’ la fillette en lui ôtant cet attribut.
Voir www.stopexcision.net ou www.gams.be
La reconstruction du clitoris est aujourd'hui une technique réparatrice au point.
Par symétrie, pour le garçon, la circoncision enlève un anneau de peau, partie réputée femelle.
En France, aujourd'hui, ce sont des milliers de jeunes filles concernées par cette pratique réalisée parfois au cours de vacances au pays des parents.
Dans son livre "L'AFRIQUE HUMILIEE", Aminata TRAORE, ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du MALI, évoque l'excision comme "une pratique culturelle dont nous comptons bien nous aussi en venir à bout. [... qui] perd déjà du terrain et mourra de sa belle mort le jour où le droit des femmes à l'éducation, à l'information, à l'emploi ainsi qu'à la décision économique et politiquesera respecté." Elle ajoute un peu plus loin que la situation de l'Afrique revient en quelque sorte à une "excision économique", exprimant qinsi que le meilleur moyen d'aider les les femmes dans leur émacipation est d'aider leur pays et l'Afrique en entier.
L’opération ne se passe pas toujours sans drame. S’il faut en croire une chanson, la fillette affolée renverse la forgeronne et lui crève les yeux.
Durant les quinze jours qui suivent, la cicatrisation est censée se réaliser, les excisées vont demeurer chez une vieille femme : c’est la « sejidenya », la retraite durant laquelle l’excisée prendra trois bains quotidiens dans le marigot (!).
Durant les mois qui suivent, elles passeront la journée avec leur famille mais reviennent dormir chez cette dernière.
3 - LES BIENS DU MARIAGE
Le mariage est moins la constitution d’un couple que l’alliance de deux lignages pour la survie, l’accroissement ou l’affermissement de leur liens mutuels.
Voici à Béléko des données concernant les ‘échanges’ de femmes entre ses quartiers ou avec des villages voisins pour une famille donnée, les Koulibali (pour 3 générations)
|
| Localisation des familles d’échange
| femmes Koulibali mariées | femmes admises chez les Koulibali | Nombre total de femmes échangées |
| Quartiers de Béléko | Flala | 1 | 0 | 1 |
| Dougouyala | 3 | 5 | 8 | |
| Gwengwena | 1 | 1 | 2 | |
| Sengala | 1 | 0 | 1 | |
| Villages voisins de Béléko | Tyékouméla | 6 | 2 | 8 |
| Ngolobala | 1 | 0 | 1 | |
| Seyla | 1 | 1 | 2 | |
| Wani | 2 | 0 | 2 | |
| Zanzona | 1 | 0 | 1 | |
| Dyana | 1 | 3 | 4 | |
| N’Tyola | 1 | 0 | 1 | |
| Kolonian | 1 | 1 | 2 | |
| Kotoula | 0 | 1 | 1 | |
| Total |
| 20 | 14 | 34 |
Bilan : 20 femmes ont été 'données' contre 14 'reçues' et sur 34 ‘échanges’ qui se sont faits avec un seul quartier de Béléko et deux villages voisins.
Toute union est réversible en principe mais, afin de la sceller solidement, des cadeaux sont remis par la famille de l’époux au long des années qui séparent le « wòrosiri » (promesse de mariage) de la venue de la femme dans la maison de son mari. Accumulés, ils finissent par représenter un don important : une trentaine de paniers de mil, une quinzaine de maïs, six de riz, un bouc, des coqs, et des poulets, sans parler des foulards, pagnes, noix de kola, de menues sommes d’argent, de journées annuelles de travail et l’argent du « tεrεmεli », versement final qui précède les cérémonies du mariage.
De fait, il est une œuvre de longue haleine, chose publique et reconnue, car les dons sont effectué par l’intermédiaire du « fùrujatigi » (négociateur de mariage), c’est pourquoi il est en principe difficile de le rompre.
Mais, tous les excès possibles sont imaginables que les chants et le théâtre dénoncent.
A noter :
- le mariage ‘par échange’ entre deux hommes qui ‘échangent ‘ leurs sœurs sans ‘frais’ en quelque sorte. Ce mariage est réputé ne rien valoir car si l’un des deux aboutit à une séparation, l’autre immanquablement devra suivre même s’il est irréprochable !
- le mariage de sa fille au marabout pour attirer ses bonnes grâces.
- les « biens du mariage» sont forcément dans les mains des anciens, c'est-à-dire de l’aîné qui contrôle de cette façon le mariage de ses cadets qui sont de fait sous tutelle. Il faudra aussi prévoir la dot des filles de la famille.
- ‘on dit qu’un pauvre ne s’achète pas d’esclave, il se marie’ « sεgεnbato tε jòn sàn nka ab fùrukε ».
- le mil, le tabac, le sel, la calebasse et surtout la noix de kola sont des éléments qui entrent dans le rituel des échanges à la fois pour leurs valeurs symbolique et marchande.
- le code civil malien fixe la dot à 20 000 F cfa soit 200 FF (30€) mais les pratiques familiales sont évidemment tout autres.
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