19.01.2008
LES ARTISANS DES ANNEES 1960-70
Trois pôles majeurs structurent le monde traditionnel de la savane de cette époque :
- la terre que cultive le paysan.
- la forge où le forgeron fabrique les outils que la mettront en valeur.
- la parole du griot,
Dans la société bamana traditionnelle en grande majorité agropastorale, le monde des forgerons (« nùmu ») et des autres artisans « nyanmakala » occupe une place à part .
Selon HAMPATE BA, les artisans sont les forgerons, les artisans du bois (« kùle »), du cuir, tisserands, musiciens, généalogistes, … et même les griots (« jèli » ; « fùne » ; « gawulò »). Chaque métier est un langage qui reproduit les mystères de la création.
Mais parmi eux, le forgeron est celui dont l’art permet le travail de la terre. La mythologie de nombre peuples de l’Afrique Occidentale affirme l’origine céleste des forgerons : « Dinyε sigilεn numùdén mà » : l’univers est assis par l’enfant du forgeron. A ce titre, il est sans doute envié mais parfois également méprisé … On se plaint parfois de ses tarifs : un poulet, un panier de mil, une somme de cinquante deux F cfa pour une circoncision, … mais on accepte sans remettre en cause sa fonction qui lui appartient de droit depuis des générations.
Le forgeron a parmi eux une place à part : son art est « celui de la création », chacun des éléments de la forge l’associe aux mystère de la fécondité ; un savoir faire d’origine supra humaine en quelque sorte.
L’endogamie stricte des forgerons nourrie des sentiments ambivalents car il est selon les circonstances artisan, ‘prêtre’ officiant la circoncision voire l’excision, ‘magicien’ ou sorcier faiseur de pluie, croque-mort, dentiste, avorteur, gynécologue, négociateur de paix ou de mariages, conseiller de chef du village, … [P. CLEMENT in Revue de Géographie avril-juin 1948]. D’une manière générale, les « nyanmakala » ne se marient qu’entre eux.
Remarques sur les griot-e-s :
- les « gawulò » sont toujours en voyage, n’est pas sédentaire et réputé d’origine peule ; il est au dernier rang de l’échelle sociale ;
- les « fùne » sont à cette époque une dizaine d’hommes, femmes et enfants ; ils et elles sont logé-e-s et nourri-e-s dans le village et objets de cadeaux. Ils peuvent être très riches mais ce sont des mendiant-e-s professionnel-le-s !
- les « jèli » (griots) font l’éloge des familles à l’occasion de fêtes et en reçoivent des cadeaux ; depuis deux générations, ils sont installés dans le village. ;
Autre particularité :
- le « kùle », bûcheron et travailleur du bois, est réputé pratiquer l’inceste sur sa fille ! Sans doute, est-ce la conséquence d’une endogamie stricte ;
Dans le Béléko des années soixante-soixante-dix, la position des forgerons est celle décrite ci-dessus. Encore qu’en 1960-70, il n’est plus nécessaire de réaliser de bas fourneaux car on récupère du métal partout. Une partie de leur main d’œuvre est donc redevenue paysanne. Autre évolution à Béléko et dans les villages voisins, il arrive que les règles d’endogamie ne soit plus respectées : griots et forgerons nouent parfois des alliances entre familles de. (une forgeronne de Soba avec un griot de N’Golokuna).22:35 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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