19.01.2008

LES RELATIONS FAMILIALES TRADITIONNELLES

Dans les relations familiales traditionnelles, originaires, il est nécessaire de comprendre un lot de notions étonnantes pour les occidentaux moyens -encore que l'évolution récente par les divorces et remariages complique les situations-

Appellations dans la parenté :

- « baba » pour ‘papa’ et « mamà » pour ‘maman’ ainsi que « bàkoro » et « mamàkoro » mais l’intéressé-e sera toujours appelé-e par son NOM.
- les collatéraux de la même génération (frères, sœurs, cousin-e-s, croisé-e-s et parallèles) s’appellent par leur NOM et pour les plus âgé-e-s « koroke, /koromuso ».
- les collatéraux de la génération précédente : respect d’un double critère opposition croisé/parallèle et masculin/féminin.
La tante paternelle est appelée : « Téné  une-telle» (féminin croisé)
L’oncle maternel (masculin croisé) : « Bénke un-tel ».
Par contre le frère aîné du père (masculin parallèle) : « babàkoro » [papa ancien] et les autres « bàjàn » [papa de grande taille], « bàninceni » [petit papa].
Cependant par dérogation, la sœur aînée de la mère (féminin parallèle) : « Bàkoro » [papa ancien] et les autres « Bànàn ». « mamà » est donc réservé à la mère biologique et les éventuelles coépouses.

 

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Les frères du père sont appelés « fàkoro » [père ancien pour les plus âgés que son propre père]  et « fàcenin » [petit père pour les plus jeunes] et leurs épouses seront des ‘mères’ « bà » ou « bàro ».
 Les soeurs de la mère sont appelées indifféremment « bàkoro » ou « bànan ». Leurs maris respectifs seront des « dnan ».
Les soeurs du père sont appelées indifféremment « tène » et leur époux des « dnan » qui les appelleront ’mon garçon’ ou ‘ ma fille’.
Les frères de la mère seront les « bénke » suivi de leur nom : ex. « benke N’Golo ». Remarque : « bén » est ‘celui que l’on rencontre’.
Les autres parents de la génération précédente seront « dnan, benke, bàkoro, banan ».
 L’ensemble de la parenté du côté paternel ou « fadenya » rassemble les enfants du même père bien que de mère différentes, et les enfants des frères du père.
L’ensemble de la parenté du côté maternel ou « badenya ».
La « balimaya » est l’ensemble de toute sa parenté sauf celle en ligne directe ou parfois seul-e-s ceux de sa génération.

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  Les dénominations des générations sont données  ci-contre.

  Il est des comportements obligatoires de chacun-e avec sa parenté.

Personne n’a en principe de relation privilégiée avec ses propres géniteurs. Sauf, celles entre un fils et sa mère sont d’une autre nature : il a une prédilection pour elle à tel point que marié, il prendra toujours parti pour sa mère contre sa femme.
Il est de coutume que le fils cadet se charge de l’éducation du fils aîné de son frère aîné : il devient « làmofa»  ‘le père qui élève, qui éduque’, le père adoptif en quelque sorte.
Le fils cadet restera vis-à-vis de son père biologique dans une attitude pleine de respect, et de réserve en présence de tiers.
Les liens entre la mère et la fille sont encore plus forts : plusieurs chants de jeune fille expriment ce fait.
 L’oncle maternel ou « bénke » peut servir d’allié et offrir un refuge (circoncision) et « tene », la tante paternelle pourra trouver une épouse pour son neveu, ses malédictions seront redoutée.
 La plaisanterie est d’usage entre gds parents et petits enfants : les premier traiteront les suivants de « t’ekolo » ou ‘peureux’, de « kakala » ou polisson ; inversement, les aïeux seront traités d’édentés « ntà » ou « dala kolo » (bouche vide).
Les rivalités interviennent entre frères et sœurs d’un même père mais surtout entre enfants de mères différentes : c’est la « fàdenya » opposée à la « badenya » (fraternité utérine).
« Les dents et la langue sont proches mais se querellent » = la cohabitatiion ne va pas sans malentendus et conflits inévitables.

Dénominations dans l’alliance : en effet, par mariage

1815706113.jpg Le mari et la famille de son épouse :
- son épouse          -> « némuso »       : ‘ma femme’
- le mari                - > « n’cé »             : ’mon homme’
                        ou - >
« né ka so tigi » : ‘le maître de maison’
Jamais elle ne l’appelle par son nom.

- du père de son épouse :   - > « biranké » : « l’homme de l’alliance »
- de la mère de son épouse :  -> « biranmuso » : « la femme de l’alliance »
Et le gendre pour ses beaux parents sera aussi le « biranké » : « l’homme de l’alliance ».

- les grands parents de sa femme seront « moke » et « momuso » (vocabulaire de parenté ordinaire).
- « buranke » et « buranmuso » sont les personnes de la même génération que les parents (oncles et tantes par alliance), c’est ainsi que l’épouse qualifiera toutes les personnes de la famille du mari.

  Cliquez sur le schéma ci-dessous. Il présente les cousin-e-s parallèles ou croisé-e-s avec lesquel-le-s les attitudes pourront varier nettement. "" est le père et "", la mère. Les personnages sans appelations sont époux ou épouses des intéressé-e-s.

 

Remarque finale de la rédaction : le livre intitulé "MUTILEE" et signé 'Khaldy' chez OH ! Editions [et chez POCKET], actualise le thème décrit dans la thèse ici résumé. Seules différences, il s'agit d'une sénégalaise (et non malienne) de culture soninké (et non bamanan), d'un cas personnel (et non générique) ; Khady est née en 1959 et excisée en 1967, elle n'a pas huit ans. Elle finit pas devenir militante du GAMS. Elle décrit le temps qui a fallu et les circonstances qui lui permettront de s'émanciper du joug traditionnel. Les relations familiales élargies et particulières sont une illustration parfaite du travail de René LUNEAU.

Elle y conte en définitive une des suites possibles de la vie rurale de cette époque qui est l'émigration, et préfigure les terribles aventures individuelles et difficultés d'adaptation à la société occidentale. 

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