22.01.2008
LES SOCIETES D'INITIATION
1 - L'UNIVERS RELIGIEUX ANCIEN
L’univers religieux actuel est bien sûr l'islam qui est à 90% la pratique malienne. Pourtant, le monde symbolique ancien des bamanan ou malinké, toutes deux populations mandingues, repose sur un ensemble de croyances qui n’était pas rigoureusement structuré mais cohérent.
Passons en revue les lieux de culte des années 1960 à 1970.
[sur la photo : poterie sacrificielle du Wara, dans le quartier de DOUGOUYALA, où l'on fait couler le sang des poulets et animaux sacrifiés ; remarque de M. Dieudonné BOMBA : " En fait, la photo de la poterie sacrificielle de dougouyala n'est pas Wara mais plutot Daga qui contient de l'eau dont cette eau peut soignée beaucoups de maladies comme : les maladies de la peau « farinalèn » et les poisons « kèngônô»].
Le premier lieu de culte est en quelque sorte le « blòn » ou vestibule de la concession (propriété). On y conserve les objets rituels, transmis de génération en génération. Sur ses parois, on y trace, par exemple, la silhouette d’un homme ou d’une femme au moment de leur décès.
Le culte des bosquets (« tùba ») et bois sacrés (« sanantu ») va de pair avec celui des génies protecteurs du sol. C’est là qu’on sacrifiera un poulet (femme stérile), un coq ou un bélier (guérison d’un enfant ou d’une personne). Chaque quartier y va de son sacrifice peu avant la saison des pluies.C’est parfois un baobab (« sira ») ou l’acacia albida (« bàlansan ») voire des fourrés d’épineux.
Si un endroit (bifurcation ou carrefour de chemins), est réputé animé par des mauvais esprits, il sera l’objet d’un dépôt d’offrandes (tessons de poteries, lambeaux de vêtements, plumes de poulet, graine de mil, …).
[photo : Cimetière GABOU 2003]
Il y a ensuite les « bòli » (autel) ou objets de vénération. Ils sont censés préserver de tous les dangers de l’existence et formés de l’amalgame de n’importe quels objets : racine ou liane (contre les serpents), pierre, morceau de métal, …
Protéger des jumeaux. Au moment du départ en voyage ou au service militaire. D’un accident de chasse.
On vénère aussi le « jinε » dont le nom est d’origine est islamique. Mâles ou femelles, les « jinε » sont dans le marigot, les rochers, … ce sont des habitant-e-s de la brousse comme le « wòklo », nain au pied inversé, qui occasionne la naissance d’enfants mal formés. Il y a à Béléko un « jinε » bienveillant, « dàsiri », on ne sait où il réside exactement mais il est là.
Dans les villages voisins, il sera dans un arbre (« dyiri »), un puits (« kolon »), un marigot (« koba »), une colline (« kuru »), …. Il donne la force et la fécondité, éloigne les maladies,
[photo : rocher KOULOUN 2004]
Les ancêtres sont également vénéré-e-s. Autre pratique proche de la superstition : le « tné » ou le <tabou>, qui consiste en un certain ombre d'interdits variant selon les personnes ou les familles.
L’objet du « tné » peut être un animal, une plante, un fruit. Ce peut être un animal générique ou un animal ciblé.
Ainsi, le crocodile du marigot du village sera respecté. Les baobabs le sont aussi mais parce qu'ils donnent des fruits appréciés.
Cet usage est variable. C'est l'exemple de l’interdiction concernant le python. Dans le même village, pour les un-e-s, il n’est pas possible de le chasser, alors que pour d’autres il est carrément interdit de le regarder sous peine de malheurs.
[photo : graffiti KABATE 2007] Evidemment, en près de cinquante années, les choses et les esprits on évolué. les communications -radio, télévision, téléphones modulaires, voyages et migrations- ont nivelé les modes de pensée, donné d'autres sources d'inspiration.affaibli les pratiques nettement superstitieuses. La religion musulmane est maintenant assise et fait l'objet de coopérations avec des pays plus riches qui dotent le pays d'instituts et moyens matériels plus importants.
Un interlocuteur nous disait en 2004 qu'était passée dans leur village une délégation de pakistanais dénigrant leur pratiques voire leur façon d'être (vestimentaires notamment).
2 - LES SOCIETES D'INITIATION
Les enseignements de la société du « Kòrε ».
MARCEL GRIAULE : « [en Afrique,] Dans le cadre des classes d’âge, des sociétés de métiers, des cultes, d’initiation, …, chacun reçoit une somme d’enseignements qui se recoupent les uns les autres. [...]. Pratiquement, l’individu est comme enserré dans un réseau de correspondances symboliques dont il n’aperçoit certes pas toujours l’étendue et la complexité, mais dont il connaît l’existence, et qui lui permet de trouver lui-même un grand nombre d’explications aux comportements de ses semblables et à l’organisation sociale, religieuse ou juridique dans laquelle il s’insère. »
Il existait jadis plusieurs sociétés d’initiation ou « jò » (serment) telles « N’domo », « Komo », « Nama », « Ciwara » et « Korε ». « N’domo » par exemple était une sorte de ‘bizutage’ dans la forêt des plus jeunes par les plus grands.
Seul le « Korε » était réellement développé à Béléko dans les années soixante.
De quoi s’agit-il ? « Connaissance de Dieu, déification de l’homme, trop plein de plénitude, ennoblissement de l’homme ». L’ambition d’une telle démarche apparaît démesurée. Elle suppose un long rituel et un difficile apprentissage au cours duquel l’initié doit mourir à une certaine enfance pour ressusciter à la connaissance véritable.
Chaque « korεden » -membre du « Korε » - appartient à une des huit ‘classes’ qui le compose. On ne change pas de 'classe', on peut seulement franchir des degrés dans la même ‘classe’.
Comment fonctionne exactement le « Korε » ? Il est difficile d'en connaître les règles. Ainsi, sait-on seulement que le fils cadet appartiendra à la même classe que son père et tout fils aîné de la famille appartient à la même classe que le frère aîné de son père.
- le degré inférieur est la classe de ‘singes’ ou « sula » ;
- la 'classe' suivante est celle des ‘maîtres du fouet’ ou « bisatigi » qui se flagellent cruellement durant les célébrations ;
- suivent les « sùruku » ou ‘hyènes’
- les « tatugu » ou ‘porteurs du feu’ semblent insensibles à toute brûlure ;
- les « korεduga » dits ‘vautours du "korε"’ dont le comportement excentrique exprime la liberté totale de l’homme qui a trouvé Dieu, et en fait ils sont les maîtres des cérémonies ;
- les « kuruma » ou ‘bosselés’ par les cicatrices des profondes entailles qu’ils se font avec des épines ;
- les « jarà » ou 'lions', se veulent expression de « la noblesse, de la justice et de la sérénité de Dieu » ;
- enfin, ce sont les « karàtigi » ou ‘maître du « karà » point culminant du « Korε » car l’initié atteint alors « l’identité de Dieu ».
Les célébrations sont septennales et s’ouvrent par des chants qui ne manquent pas de piquants : l’âge ne donne pas la sagesse, et la barbe non plus, « sinon le bouc serait plus savant que son maître ! ».
Chaque classe a ses propres chants que les « korεduga » entonnent successivement.
Pour les « jarà » par exemple :
Grand lion, enseigne les enfants,
Et toi, boa, enseigne les enfants,
Grand lion, enseigne les enfants,
Et toi, boa du grand bosquet, enseigne les enfants,
Boa, enseigne les enfants,
Et toi, lion du grand bosquet, enseigne les enfants.
Remarque : l’épouse d’un « korεduga » et, elle seule, peut porter la livrée de son mari, être associée aux festivités et même assister aux funérailles d’un membre du « Korε ».
Le « Korε » a eu une éminente valeur sociale et d’intégration ; elle a été une école de formation d’une grande rigueur dont les secrets ont été jalousement gardés par tous ses membres quel que soit leur classe. De nos jours, il est en voie d'extinction.
09:45 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
super! félicitations pour la documentation vous me disiez que c'était le début, je le trouve déjà bien avancé . Je ne peux que vous encouragez à poursuivre . Béatrice la voisine de Fatma au cassoulet du 20/01/2008
Ecrit par : beatrice | 22.01.2008
Formidable, les informations qui sont sur ce site sont sans commentaire pour moi natif de Dyawarila.
Pour vous informer que Charles et Marcel ne sont plus quant à Théophile Coulibaly; il est à la retraite à Ségou.
Félicitation et du courage
DOMINIQUE COULIBALY
Ecrit par : coulibaly Dominique | 07.05.2008
A M. Dominique COULIBALY, nous vous remercions de votre témoignage. Mais continuons notre coopération, donnez nous des informations sur le Dyawarila d'aujourd'hui.
Photos et témoignages que nous pourrons publier avec votre accord.
Il est capital que les africain-e-s commencent à recueillir et stocker la mémoire de leur pays, famille et environnement.
Qu'en pensez-vous ?
Pierre HOUSEZ. Co-animateur de ce blog.
Ecrit par : HOUSEZ Pierre | 08.05.2008
je vous remercie pour avoir donné toutes ces informations sur beleko je suis de dougouyala , mais j'ai pas vu le non de Fiangala qui est aussi un vieux quartier de beleko sinon les fondateurs de beleko et que les habitants de dougouyala sont des senoufo et non des mianka
Ecrit par : Dieudonné Bomba | 04.06.2008
Bienvenue sur ce blog et un grand merci à vous M. BOMBA. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le Béléko d'aujourd'hui ? Vous pouvez nous envoyer des photos que nous intégrerons à ce blog qui est aussi le vôtre.
A bientôt.
Ecrit par : HOUSEZ Pierre | 06.06.2008
En faite la photo de la poterie sacrificielle de dougouyala n'est pas Wara mais plutot Daga qui contient de l'eau dont cette eau peut soignée beaucoups de maladies comme :
les maladies de la peau et les poisons appélées en bambara (Farilafèn et kèngônô. ecrit par Dieudonné bomba
Ecrit par : Dieudonné Bomba | 13.06.2008
Cher M. BOMBA, j'ai ajouté votre remarque dans le texte : elle est surlignée en jaune.
Un grand merci à nouveau de votre concours. N'hésitez pas à me contacter directement par e-mail.
Vous pourriez par exemple conter d'autres choses à destination de ce blog ou d'un autre.
Voyez aussi celui-ci : http://lewebpedagogique.com/zeph007/
Ecrit par : HOUSEZ Pierre | 13.06.2008
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