24.01.2008

LE QUOTIDIEN

 1 - UNE CONCESSION

Voici la description d’une concession (propriété semblable aux autres), « fan », où logent deux frères, . La porte d’entrée, « kòn », est en bois dur de « caïlcrédat » , autrefois elle était munie d’une serrure en bois typique.
* le caïlcrédat est utilisé pour construire les pirogues, est aussi beaucoup apprécié pour l’ombre de son vaste feuillage.
L'aîné est chef de famille occupe la partie (« fani ») la plus étendue car il a trois épouses. Son frère n'en a qu'une son « fani » est plus restreint.
L'ensemble est construit autour d'une ruelle en impasse.

800fd7e305c5b934e7255271a21c87f8.jpg Les constructions sont en brique de terre ou « tufa » et couvertes d’une tôle en fer.
A l’intérieur de la concession, la partie gauche est celle de l'aîné, chef de famille. Les cases sont de 4m sur 3m environ. Elles sont construites au fur et à mesure des besoins. Le long d’un mur se trouve une douchière (« nyεgεn ») non représentée.
 Pintades et poules vivent là dans les cours intérieures. L'ensemble forme le «  »  (maison).
Peu d’arbres dans la concession, parfois un manguier ou quelques papayers chétifs. Un ou deux puits, un four à noix de karité « dibi », une zone de cuisine le canari (réserve d’eau à boire) et le « gwà » (foyer composé de trois pierres) complètent l’équipement familial de chaque « fani ». « Gwà » possède le même sens qu’en français et se trouve utilisé à la place de «  ».

 Le vestibule ou blòn » est l’endroit par où chacun-e se doit d’entrer et sortir : on dit, je suis de tel ou tel « blòn ». Un ensemble de blòn » forme un quartier ou sòkala » qui a lui-même un vestibule, le blònmada » qui est le lieu des réjouissances collectives et une petite case coiffée de paille consacrée à un génie de culte local.


2 - LA VIE QUOTIDIENNE
Le premier symbole est l'arbre aux palabres c'est à dire la recherche à tout prix de la paix.
L’arbre aux palabres n’a d’autre fonction que d’être le lieu où on prend le temps de faire connaissance, d’attendre, de s’habituer les uns aux autres, de voir venir. C’est comme les salutations qui sont longues, un véritable rituel sous forme de litanies "DIALLO ! COMMENT CA VA ? TA FAMILLE ? QUE CHACUN-E SE PORTE POUR LE MIEUX ! ..." multipliées par le nombre de personnes qui se saluent ! Elles doivent durer le temps de mettre à l’aise le visiteur.
 L’art du palabre est une recherche inlassable de la paix. Mais toutes les paroles n’ont pas la même valeur : la parole peut être vide « kùmadunitan » ; obscure « kùmanaje » ; sérieuse « kùmasεbe » ;  claire, lumineuse « kùmajεlen »,
 On dira  aussi : « korofabakela dòn », c’est un beau parleur ; « à bí korofo kojugu » il parle trop ; « à da ka di nka kiwale t’à la » beaucoup de belles phrases mais pas d’action ; ou au contraire : « karisà te kumà lankolon folà yé » il ne parle pas pour ne rien dire.

Citation de E. BALENGHIEN : [ Lors du conseil des Anciens ...] une règle inspirée tant par la politesse que par la prudence et un certain humour teinté d’ironie exige que toute déclaration commence par l’approbation des ceux qui ont déjà parlé ; cette approbation sera d’autant vigoureuse que celui qui a parlé est d’autant plus respectable ou que l’accord sera moins facile à réaliser. Ce n’est qu’après cette approbation formelle que l’orateur indiquera sa propre opinion.
Cependant, il arrive aussi que lors d’un palabre chacun peut prévoir avec certitude la décision finale soit en jaugeant les ‘forces’ en présence, soit en estimant que les principaux intéressés se sont déjà entendus sur la chose.
Devant ce fait accompli , le ‘camp  adverse’ plutôt que de livrer un combat d’arrière garde stérile et nuisible à l’entente jugera plus utile d’utiliser son éloquence à consolider l’entente plus ou moins menacée tout en s’assurant à lui-même une position confortable dans le rapport des forces en présence et en attendant une meilleure occasion.
 Dans la vie ordinaire, les querelles de familles ou de quartier sont toujours empreintes d’humour et les échanges sont toujours très libres dans leurs propos entre les personnes : moquerie et plaisanterie des traits de caractères sont la source d’inspiration.
La farce villageoise, le « kotè » confine à la petite satire du mariage par exemple voire au théâtre comique. Le « koredyuge » est d’ailleurs le bouffon, le pitre qui amuse le public, les déguisements cocasses. Les saynètes sont toujours hautes en couleurs et constamment nourries de l’actualité quotidienne,. Plusieurs auteurs et observateurs en témoignent : ces démonstrations passent en revue l’avarice, la jalousie, la cupidité, mais aussi la disgrâce physique, les infirmités, l’hémiplégie.
Les chants souvent tragicomique accompagnent généralement les spectacles.
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La mort est une grande affaire !
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
Ceux avec qui on se promène
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
 Même ceux avec qui l’on vit
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
 Eyo ! La mort est un sujet de peine
Il n’y a d’autre ennemi que cette maladie là
 !

 

 3 - LA VIE ECONOMIQUE

1710095631.jpgImplantée sur ce sol depuis six ou sept génération, la population de Béléko a  pour première souci de survivre.

La majeure partie des activités proviennent de la terre et sont évidemment agropastorales. L'alternance des saisons rythme la vie et toutes les activités du village.

Le lien à la terre est très fort à Béléko où chacun est paysan.
Les champs sont de trois catégories :

       - la « », large dépression alluviale, fournit l’essentiel de la prospérité du village.
 -
les « sòforo », champs de la maison, à proximité  des quartiers.
 - les « fòro » ou « kungoforo », champs de brousse, souvent fort éloignés.

Il n’y a pas de propriété foncière, l’occupation s’est constituée selon le principe du premier arrivant.
La saison des pluies, en 1960-70, dure 4 mois de début juin à début octobre et marque le temps fort de la saison agricole.
 A  cette époque, dans la «  », c’est le moment du maïs (monyon, kàba) et du riz « malo) ; dans les autres parcelles, faute d’engrais, s’opère une rotation triennale : coton (kwori), mil (nyo) et arachide (tiga). Mais le coton connaît une expansion considérable.
En plus de ces cultures, on trouve le fonio (fini), le haricot (sho), la patate (wòso), l’igname (), le manioc (bananku), le taro (kurboy), le pois de terre (tigakolo).

 L'hivernage, de juin à début octobre, marque le temps fort de la vie agricole. Avec les premières pluies, on sème le mil, céréale de base. Puis, viennent, en octobre, le maïs, le riz,le fonio,les haricots et les pois chiches. Tout le monde passe sa journée aux champs. les hommes assurent l'essentiel de travaux ; les femmes apportent le repas de midi et se rendront utiles ici et là.

On aurait tort de croire que la saison sèche est celle du désoeuvrement. Les grandes récoltes achevées, greniers à mil pleins, on retourne à son champ repiquer les plants de tabac (voir photo ci contre de R. LUNEAU] préparés durant l'hiver. Jusqu'au début avril, c'est aussi la corvée d'arrosage après cette date le soleil brûle tout.

Au marché du samedi, le tabac et les oignons ne manquent guère, ils sont avec le coton les produits locaux commercialisables.
[Le 8 avril 2008,René LUNEAU nous précise qu'à retour en 1970, le coton avait été fortement développé].

A l'époque, le commerce et l'artisanat  sont réduits  à très peu de choses, les "numu" -forgerons- sont une activité voire un caste à part.

 Parfois les femmes se font marchandes : un épouse désirant se faire un pécule peut aller sur le marché vendre une part de mil du grenie.  En ce cas elle fait vendre le mil par une amie discrète. Sinon, elle peut aussi ramasser des noix de karité en forêt (ou dans les champ collectif) et produire du beurre qui contribuera à son pécule. Le filage du coton est une autre activité rémunératrice

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