24.01.2008
UN VILLAGE PARMI LES AUTRES
1 - AVANT-PROPOS :
Le présent blog fait partie d'une petite galaxie documentaire concernant le Mali, le Sahel, ... et dont l'élément central est situé sur le WEB PEDAGOGIQUE.
- Kéké est un village de la commune de NIANASARY dans l'est malien à proximité de la ville de Djenné où ENTR'AIDE FRANCE MALI a réalisé.
Ce sont plusieurs actions concernant la santé qui y ont notamment réalisées.
ENTR'AIDE FRANCE MALI appuie cette action de solidarité qui fait l'objet d'un blog : http://keke.hautetfort.com
- Kouloun est une commune de l'ouest malien à proximité de la ville de Kayes.
Elle est l'objet d'une coopération avec un établissement scolaire français, le lycée Turgot de Roubaix.
ENTR'AIDE FRANCE MALI appuie cette action de solidarité qui fait l'objet d'un blog : http://kouloun.hautetfort.com
CONCERNANT LA COOPERATION NORD PAS DE CALAIS avec la REGION DE KAYES :
- voir aussi le site de roncq.selinkegny qui présente la coopération entre la Ville de Roncq et la Commune malienne de Sélinkégny. Vingt années d'amitié et de travaux en commun.
- sachez qu'il existe aussi une coopération entre LAMBERSART avec la Commune malienne de MAHINA intitulée ANGATA LAMBERSART et celle de LESQUIN avec BAFOULABE : ANGATA LESQUIN
- il existe aussi une coopération inter bibliothèque entre OUASSALA et LEZENNES : http://www.olpmali.gov.ml/ville.htm
Voir aussi : http://www.coopdec-mali.org/joomla/index.php?option=com_c...
- une communauté de communes du secteur de Cambrai vient de se jumeler avec GORY GOPELA commune situé au nord de GABOU GOPELA, village de la commune de Kouloun.A suivre.
- La ville deValenciennes -ou une association de cette commune- est en relationavec LIBERTE DEMBAYA commune jouxtant celle de Kayes. A suivre.
2 - LE PRESENT BLOG EVOQUE PRINCIPALEMENT LE MARIAGE TRADITIONNEL EN PAYS BAMANAN ('Bambara') DES ANNEES 1960-1970 c'est-à-dire LA POLYGAMIE, LES RELATIONS ENTRE EPOUSES, LES BIENS DU MARIAGE, LE ROLE DE L'EXCISION et de multiples
aspects de la vie cultuelle de l'époque.
VOUS TROUVEREZ TOUT CELA AU TRAVERS DU VILLAGE DE BELEKO qui est devenue une commune située entre Ségou et Sikasso dans l'est malien. Le travail que nous présentons est réparti en 10 chapitres qui sont dans le menu.
Les informations présentées sont issues de la thèse d'ethnologie de René LUNEAU * soutenue en 1975 à l'université de Lille. Il a effectué plusieurs séjours à Béléko où il a eu pour poste d'observation une mission catholique implantée depuis quelques temps.
* Né à Nantes en 1932, René Luneau est dominicain. Longtemps enseignant à l'Institut Catholique de Paris et chercheur en sociologie de la religion au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), il a découvert l'Afrique au début des années soixante et lui a consacré, seul ou en collaboration, une dizaine d'ouvrages. Nous sommes allé le visiter et ilnous a confié des photographies prises à l'époques.
Il a publié entre autres choses en 2002 COMPRENDRE L'AFRIQUE
Quelques illustrations proviennent de l'équipe MALI du Lycée Turgot de Roubaix.
Voyez aussi http://kouloun.hautetfort.com ainsi que http://keke.hautetfort.com
3 - LA COMMUNE DE BELEKO : BELEKO GWENGUENA LONGITUDE : 006W26 LATITUDE : 012N27.
voir carte GEONAME : cliquer Sélectionner PLAN sur la carte et Régler l'échelle de la carte.
En pays bambara ou plutôt ‘bamanan’, Béléko est situé au centre d’un pays de savane limité à la fois par le BAGOE (fleuve blanc), le BAOULE (fleuve rouge), le BANI (le petit fleuve) et le BANIFING (le petit fleuve noir).
Béléko vient de « bèl » ou gravier et signifierait : derrière la colline.
Il est le chef-lieu d’un arrondissement divisé autrefois en trois « kàfo » (cantons) : DYEDOUGOU dont le centre est Béléko, DOLENDOUGOU, autour de Dandougou au nord, et KORODOUGOU, autour de Bougoukourala au sud. L’ensemble représente en 1970 cinquante deux villages soit 20 733 habitant-e-s. Outre l’ethnie principale ‘bamanan’, on y trouve aussi des minyanka, malinké, sénoufo, marka, mossi, samogo, et les commerçants dyula (dioula).
L’origine de Béléko remonte à la venue d’un chasseur ombrageux venant de Ségou. Il s’est installé près d’un « faladji » (marigot ou point d’eau) ; une femme de Tyékouméla l’a rejoint. C’était un Kouloubali. Voir Soungalo COULIBALI.
Le « sokala » ou quartier, le plus ancien de Béléko est celui de Famola et on y a la garde du « korè » * voir dans le menu SOCIETES INITIATIQUES. Puis historiquement, vinrent deux autres quartiers historiques, Soba, le quartier du marché qui est peuplé de bamanan (les Kouloubali), de dioula (les Dabala) et de mossi (les Mosiwkayorola) et Dyawarila (bamanan et malinké).
Il reste encore Sengala (bamanan), les 2 Dougouyala, koro, l’ancien et coura, le nouveau (minyanka, bamanan, et peul) ainsi que Flala et Gwengwena Flala (peuls). Le dernier quartier est Noumouna, celui des « numu » (forgerons). Soit neuf quartiers en tout.
Un lecteur du blog, M. Dieudonné Bomba, nous signale que " Fiangala [non cité] est aussi un vieux quartier de Beleko" et que "les habitants de Dougouyala sont des senoufo et non des mianka
Soba passe de 240 hab. en 1953-55, à 918 en 1964, et 1 000 en 1970.
Dyawarila passe de 100 à 400 dans le même temps.
L'ensemble Béléko (la commune entière) : 2 762 hab. en 1963-64 et 2 993 en 1968
Autrefois, le roi de Ségou nommait le chef de Béléko et y prélevait l’impôt.
On subissait l’attaque de villages 'ennemis' qui convoitaient femmes et récoltes. Mais, à l'occasion, on pouvait soi même devenir « binkanikèla » (bandit) pour son propre compte d’autant plus que le secteur était aux marches de deux royaumes.
Au confluent de huit pistes, avec en outre la chefferie du canton, son gros marché, puis bien plus tard, la présence de la mission catholique et de son école, chacun-e est conscient-e d’être de Béléko : on s’y habille mieux, on y est plus évolué-e en ces années où l’indépendance vient d’arriver. On se moque de l’accent de certains villages voisins (Wontya, Nossombougou, Diana, Mokele) et des gens réputés de la brousse.
Cependant, juste retour des choses, pour les gens des villages voisins, ceux de Béléko sont réputés bavards et prétentieux. Le terme « belekokaya » ou façon d’être des Bélékois-e-s, est nettement péjoratif.
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LE QUOTIDIEN
1 - UNE CONCESSION
Voici la description d’une concession (propriété semblable aux autres), « fan », où logent deux frères, . La porte d’entrée, « kòn », est en bois dur de « caïlcrédat » , autrefois elle était munie d’une serrure en bois typique.
* le caïlcrédat est utilisé pour construire les pirogues, est aussi beaucoup apprécié pour l’ombre de son vaste feuillage.
L'aîné est chef de famille occupe la partie (« fani ») la plus étendue car il a trois épouses. Son frère n'en a qu'une son « fani » est plus restreint.
L'ensemble est construit autour d'une ruelle en impasse.
Les constructions sont en brique de terre ou « tufa » et couvertes d’une tôle en fer.
A l’intérieur de la concession, la partie gauche est celle de l'aîné, chef de famille. Les cases sont de 4m sur 3m environ. Elles sont construites au fur et à mesure des besoins. Le long d’un mur se trouve une douchière (« nyεgεn ») non représentée.
Pintades et poules vivent là dans les cours intérieures. L'ensemble forme le « dù » (maison).
Peu d’arbres dans la concession, parfois un manguier ou quelques papayers chétifs. Un ou deux puits, un four à noix de karité « dibi », une zone de cuisine le canari (réserve d’eau à boire) et le « gwà » (foyer composé de trois pierres) complètent l’équipement familial de chaque « fani ». « Gwà » possède le même sens qu’en français et se trouve utilisé à la place de « dù ».
Le vestibule ou blòn » est l’endroit par où chacun-e se doit d’entrer et sortir : on dit, je suis de tel ou tel « blòn ». Un ensemble de blòn » forme un quartier ou sòkala » qui a lui-même un vestibule, le blònmada » qui est le lieu des réjouissances collectives et une petite case coiffée de paille consacrée à un génie de culte local.
2 - LA VIE QUOTIDIENNE
Le premier symbole est l'arbre aux palabres c'est à dire la recherche à tout prix de la paix.
L’arbre aux palabres n’a d’autre fonction que d’être le lieu où on prend le temps de faire connaissance, d’attendre, de s’habituer les uns aux autres, de voir venir. C’est comme les salutations qui sont longues, un véritable rituel sous forme de litanies "DIALLO ! COMMENT CA VA ? TA FAMILLE ? QUE CHACUN-E SE PORTE POUR LE MIEUX ! ..." multipliées par le nombre de personnes qui se saluent ! Elles doivent durer le temps de mettre à l’aise le visiteur.
L’art du palabre est une recherche inlassable de la paix. Mais toutes les paroles n’ont pas la même valeur : la parole peut être vide « kùmadunitan » ; obscure « kùmanaje » ; sérieuse « kùmasεbe » ; claire, lumineuse « kùmajεlen »,
On dira aussi : « korofabakela dòn », c’est un beau parleur ; « à bí korofo kojugu » il parle trop ; « à da ka di nka kiwale t’à la » beaucoup de belles phrases mais pas d’action ; ou au contraire : « karisà te kumà lankolon folà yé » il ne parle pas pour ne rien dire.
Citation de E. BALENGHIEN : [ Lors du conseil des Anciens ...] une règle inspirée tant par la politesse que par la prudence et un certain humour teinté d’ironie exige que toute déclaration commence par l’approbation des ceux qui ont déjà parlé ; cette approbation sera d’autant vigoureuse que celui qui a parlé est d’autant plus respectable ou que l’accord sera moins facile à réaliser. Ce n’est qu’après cette approbation formelle que l’orateur indiquera sa propre opinion.
Cependant, il arrive aussi que lors d’un palabre chacun peut prévoir avec certitude la décision finale soit en jaugeant les ‘forces’ en présence, soit en estimant que les principaux intéressés se sont déjà entendus sur la chose.
Devant ce fait accompli , le ‘camp adverse’ plutôt que de livrer un combat d’arrière garde stérile et nuisible à l’entente jugera plus utile d’utiliser son éloquence à consolider l’entente plus ou moins menacée tout en s’assurant à lui-même une position confortable dans le rapport des forces en présence et en attendant une meilleure occasion.
Dans la vie ordinaire, les querelles de familles ou de quartier sont toujours empreintes d’humour et les échanges sont toujours très libres dans leurs propos entre les personnes : moquerie et plaisanterie des traits de caractères sont la source d’inspiration.
La farce villageoise, le « kotè » confine à la petite satire du mariage par exemple voire au théâtre comique. Le « koredyuge » est d’ailleurs le bouffon, le pitre qui amuse le public, les déguisements cocasses. Les saynètes sont toujours hautes en couleurs et constamment nourries de l’actualité quotidienne,. Plusieurs auteurs et observateurs en témoignent : ces démonstrations passent en revue l’avarice, la jalousie, la cupidité, mais aussi la disgrâce physique, les infirmités, l’hémiplégie.
Les chants souvent tragicomique accompagnent généralement les spectacles.
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La mort est une grande affaire !
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Hé vous tous ! La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
Ceux avec qui on se promène
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire ! Même ceux avec qui l’on vit
Ne sont pas tous nos amis !
La maladie qui vous diminue
Il n’y a rien de pire !
Eyo ! La mort est un sujet de peine
Il n’y a d’autre ennemi que cette maladie là !
3 - LA VIE ECONOMIQUE
Implantée sur ce sol depuis six ou sept génération, la population de Béléko a pour première souci de survivre.
La majeure partie des activités proviennent de la terre et sont évidemment agropastorales. L'alternance des saisons rythme la vie et toutes les activités du village.
Le lien à la terre est très fort à Béléko où chacun est paysan.
Les champs sont de trois catégories :
- la « jé », large dépression alluviale, fournit l’essentiel de la prospérité du village.
- les « sòforo », champs de la maison, à proximité des quartiers.
- les « fòro » ou « kungoforo », champs de brousse, souvent fort éloignés.
La saison des pluies, en 1960-70, dure 4 mois de début juin à début octobre et marque le temps fort de la saison agricole.
A cette époque, dans la « jé », c’est le moment du maïs (monyon, kàba) et du riz « malo) ; dans les autres parcelles, faute d’engrais, s’opère une rotation triennale : coton (kwori), mil (nyo) et arachide (tiga). Mais le coton connaît une expansion considérable.
En plus de ces cultures, on trouve le fonio (fini), le haricot (sho), la patate (wòso), l’igname (kù), le manioc (bananku), le taro (kurboy), le pois de terre (tigakolo).
L'hivernage, de juin à début octobre, marque le temps fort de la vie agricole. Avec les premières pluies, on sème le mil, céréale de base. Puis, viennent, en octobre, le maïs, le riz,le fonio,les haricots et les pois chiches. Tout le monde passe sa journée aux champs. les hommes assurent l'essentiel de travaux ; les femmes apportent le repas de midi et se rendront utiles ici et là.
On aurait tort de croire que la saison sèche est celle du désoeuvrement. Les grandes récoltes achevées, greniers à mil pleins, on retourne à son champ repiquer les plants de tabac (voir photo ci contre de R. LUNEAU] préparés durant l'hiver. Jusqu'au début avril, c'est aussi la corvée d'arrosage après cette date le soleil brûle tout.
Au marché du samedi, le tabac et les oignons ne manquent guère, ils sont avec le coton les produits locaux commercialisables.
[Le 8 avril 2008,René LUNEAU nous précise qu'à retour en 1970, le coton avait été fortement développé].
A l'époque, le commerce et l'artisanat sont réduits à très peu de choses, les "numu" -forgerons- sont une activité voire un caste à part.
Parfois les femmes se font marchandes : un épouse désirant se faire un pécule peut aller sur le marché vendre une part de mil du grenie. En ce cas elle fait vendre le mil par une amie discrète. Sinon, elle peut aussi ramasser des noix de karité en forêt (ou dans les champ collectif) et produire du beurre qui contribuera à son pécule. Le filage du coton est une autre activité rémunératrice
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LE MARIAGE
Note de la rédaction : le livre intitulé "MUTILEE" et signé 'Khaldy' chez OH ! Editions [et chez POCKET], actualise le thème décrit dans la thèse ici résumé. Seules différences, il s'agit d'une sénégalaise (et non malienne) de culture soninké (et non bamanan), d'un cas personnel (et non générique) ; Khaldy est née en 1959 et excisée en 1967 alors qu'elle n'a pas huit ans. Elle finit pas devenir militante du GAMS. Elle décrit le temps qui a fallu et les circonstances qui lui permettront de s'émanciper du joug traditionnel. Les relations familiales élargies et particulières sont une illustration parfaite du travail de René LUNEAU.
Rappel 1: les descriptions qui suivent décrivent la société rurale de 1960-70 ce qui correspond tout à fait au témoignage de Khaldy.
Rappel 2: les réalités décrites dans la thèse de René LUNEAU ou même dans l'ouvrage ci-dessus, sont pour une part dépassées. Au Sénégal, par exemple, l'excision est interdite depuis 1998 suite à l'action de personnes comme Aminata SY que nous avons rencontrée en 2006 à Roubaix.
A voir : le clip Non à l'excision, Tiken Jah Fakoly http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaft-2g.html
1 -LES PREMIERES DEMARCHES
On attend le plus souvent qu’une fillette ait atteint l’âge de raison pour entamer auprès de sa famille les premières démarches.
Mais, ce peut être parfois dès 5-6 ans ou même au moment de la naissance où l’on annonce son intention en jetant quelques cauris (coquillages servant de monnaie) dans l’eau du bain de la bébée.
Le conseil de famille du garçon ne comprend que des hommes (dont le futur conjoint) entérine par la suite l’union envisagée. Le conseil de famille de la fille se réunit également fait interroger le génie familial voire les ancêtres et en général sacrifie un poulet.
Un intermédiaire, le « fùrujatigi » (négociateur du mariage) apportera à la famille de la fille l’accord officiel et public du « wòrosiri » (promesse de mariage): il est matérialisé par un sac de cuir contenant une centaine de cauris, du fonio, de la graine d’oseille et de coton.
Et, même si le mariage n’a lieu que sept ou huit ans plus tard, les deux familles se considéreront comme alliées.
2 - LA PORTE DU MARIAGE
Une fille ne sera jamais mariée avant d’être excisée mais le mariage surviendra quelques mois après l’excision (« seji », le mot convient aussi pour la circoncision des garçons) et la « selidenya ». période de réclusion qui l’accompagne. Ce sont les parents qui en décident, il n’y a ni âge prédéterminé, ni date fixée avec précision. Il suffit que l’on soit aux premiers mois de la saison sèche (décembre-janvier).
On prévient la famille du marié de la date afin que elle se prépare à offrir les cadeaux : un bouc, un coq, deux noix de kolas, neuf bandes de toile de neuf coudées chacune.
La veille du jour tout à la fois attendu et redouté, les fillettes participent à une veillée (« sòlosi ») animée par leurs tantes paternelles (« tεné ») qui chantent :
Je marcherai sur les genoux sans hésiter* (bis)
Je marcherai sur les genoux.
Pour la prévenante ‘Najε’
Je marcherai sur les genoux.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’, ho
Tu ne veux pas me donner de l’eau ?
Vite, elle s’empresse
Pour me la donner.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’, ho
Tu ne veux pas me laver ce récipient ?
En un rien de temps, le voilà propre
Pour me le donner.
Quand je dis à la gentille ‘Najε’
Tu ne veux pas me balayer cet endroit petite sœur ?
Voilà l’endroit balayé
Comme je l’ai demandé.
Je marcherai sur les genoux sans hésiter* (bis)
Aux premières heures du jour, les « tεné » (tantes paternelles) et les fillettes se rendent en cortège au lieu de l’excision –un lieu à l’écart dans la brousse-, revêtues de leur « ntòrola » (pagne de ‘résurrection’).
A leur arrivée, les filles s’écartent un peu, enlèvent leur pagne. Elles ne portent aucun bijou. Et se présentent une à une devant la forgeronne. Elles s’adossent à une vieille femme, une autre leur maintient les jambes et une autre encore leur couvre les yeux de sa main.
Le clitoris sera remis à la mère qui l’enterrera dans sa case.
Remarque sur cette pratique [note de la rédaction] : si le clitoris, parfois développé, venait en contact avec l’enfant lors de l’accouchement, ce serait, dit-on, grand malheur à venir pour lui. D’autre part, concurrent de la verge, il se dit aussi que l’enfant qui naît est à la fois mâle et femelle et qu’il faut en quelque sorte ‘sexuer’ la fillette en lui ôtant cet attribut.
Voir www.stopexcision.net ou www.gams.be
La reconstruction du clitoris est aujourd'hui une technique réparatrice au point.
Par symétrie, pour le garçon, la circoncision enlève un anneau de peau, partie réputée femelle.
En France, aujourd'hui, ce sont des milliers de jeunes filles concernées par cette pratique réalisée parfois au cours de vacances au pays des parents.
Dans son livre "L'AFRIQUE HUMILIEE", Aminata TRAORE, ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du MALI, évoque l'excision comme "une pratique culturelle dont nous comptons bien nous aussi en venir à bout. [... qui] perd déjà du terrain et mourra de sa belle mort le jour où le droit des femmes à l'éducation, à l'information, à l'emploi ainsi qu'à la décision économique et politiquesera respecté." Elle ajoute un peu plus loin que la situation de l'Afrique revient en quelque sorte à une "excision économique", exprimant qinsi que le meilleur moyen d'aider les les femmes dans leur émacipation est d'aider leur pays et l'Afrique en entier.
L’opération ne se passe pas toujours sans drame. S’il faut en croire une chanson, la fillette affolée renverse la forgeronne et lui crève les yeux.
Durant les quinze jours qui suivent, la cicatrisation est censée se réaliser, les excisées vont demeurer chez une vieille femme : c’est la « sejidenya », la retraite durant laquelle l’excisée prendra trois bains quotidiens dans le marigot (!).
Durant les mois qui suivent, elles passeront la journée avec leur famille mais reviennent dormir chez cette dernière.
3 - LES BIENS DU MARIAGE
Le mariage est moins la constitution d’un couple que l’alliance de deux lignages pour la survie, l’accroissement ou l’affermissement de leur liens mutuels.
Voici à Béléko des données concernant les ‘échanges’ de femmes entre ses quartiers ou avec des villages voisins pour une famille donnée, les Koulibali (pour 3 générations)
|
| Localisation des familles d’échange
| femmes Koulibali mariées | femmes admises chez les Koulibali | Nombre total de femmes échangées |
| Quartiers de Béléko | Flala | 1 | 0 | 1 |
| Dougouyala | 3 | 5 | 8 | |
| Gwengwena | 1 | 1 | 2 | |
| Sengala | 1 | 0 | 1 | |
| Villages voisins de Béléko | Tyékouméla | 6 | 2 | 8 |
| Ngolobala | 1 | 0 | 1 | |
| Seyla | 1 | 1 | 2 | |
| Wani | 2 | 0 | 2 | |
| Zanzona | 1 | 0 | 1 | |
| Dyana | 1 | 3 | 4 | |
| N’Tyola | 1 | 0 | 1 | |
| Kolonian | 1 | 1 | 2 | |
| Kotoula | 0 | 1 | 1 | |
| Total |
| 20 | 14 | 34 |
Bilan : 20 femmes ont été 'données' contre 14 'reçues' et sur 34 ‘échanges’ qui se sont faits avec un seul quartier de Béléko et deux villages voisins.
Toute union est réversible en principe mais, afin de la sceller solidement, des cadeaux sont remis par la famille de l’époux au long des années qui séparent le « wòrosiri » (promesse de mariage) de la venue de la femme dans la maison de son mari. Accumulés, ils finissent par représenter un don important : une trentaine de paniers de mil, une quinzaine de maïs, six de riz, un bouc, des coqs, et des poulets, sans parler des foulards, pagnes, noix de kola, de menues sommes d’argent, de journées annuelles de travail et l’argent du « tεrεmεli », versement final qui précède les cérémonies du mariage.
De fait, il est une œuvre de longue haleine, chose publique et reconnue, car les dons sont effectué par l’intermédiaire du « fùrujatigi » (négociateur de mariage), c’est pourquoi il est en principe difficile de le rompre.
Mais, tous les excès possibles sont imaginables que les chants et le théâtre dénoncent.
A noter :
- le mariage ‘par échange’ entre deux hommes qui ‘échangent ‘ leurs sœurs sans ‘frais’ en quelque sorte. Ce mariage est réputé ne rien valoir car si l’un des deux aboutit à une séparation, l’autre immanquablement devra suivre même s’il est irréprochable !
- le mariage de sa fille au marabout pour attirer ses bonnes grâces.
- les « biens du mariage» sont forcément dans les mains des anciens, c'est-à-dire de l’aîné qui contrôle de cette façon le mariage de ses cadets qui sont de fait sous tutelle. Il faudra aussi prévoir la dot des filles de la famille.
- ‘on dit qu’un pauvre ne s’achète pas d’esclave, il se marie’ « sεgεnbato tε jòn sàn nka ab fùrukε ».
- le mil, le tabac, le sel, la calebasse et surtout la noix de kola sont des éléments qui entrent dans le rituel des échanges à la fois pour leurs valeurs symbolique et marchande.
- le code civil malien fixe la dot à 20 000 F cfa soit 200 FF (30€) mais les pratiques familiales sont évidemment tout autres.
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LA VIE CONJUGALE ORDINAIRE
1 - LES CO-EPOUSES
La polygamie est un état de fait mais n'est pas une situation ni générale, ni dominante.
. Examinons cette situation particulière de la condition de la femme.
Exemple en 1969, un des quartiers de Béléko compte 68 foyers dont 11 seulement sont polygames ; dans un autre, considéré comme bastion de la tradition c’est 12 sur 57 ; dans un autre encore, le moins peuplé, 4 sur 16.
Ajoutons qu’apparemment, les jeunes semblent opter pour la monogamie, une évolution semble se dessiner.
Loin d’être un déshonneur ou une injustice, la situation de coépouse est ordinaire dans la société bamanan des années soixante.
Quelles sont donc les raisons qui justifient la polygamie ? Voici les réponses dans l’ordre où elles ont été données.
- d’abord, pratiquement, c’est une solution aux nombreuses absences de l’épouse. Pour les naissances, fêtes ou deuils de sa propre famille. S’il faut compter deux ou trois jours pour la naissance d’un enfant fraternel ou sororal, le deuil du père implique trois mois d’absence, celui du frère aîné vingt jours, quinze pour le benjamin. Les circoncisions, excisions, fête du village natal, maladie imposent au minimum deux à trois jours. Pendant ce temps, pour le mari et ses propres enfants, la vie continue avec ses charges et servitude. Les coépouses prennent le relais.
- ensuite, le désir d’enfants, et de garçons surtout, pour le prestige et la ‘sécurité sociale’ implicite.
- la raison suivante ne laisse pas de surprendre. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la femme bamanan n’est pas captive, ni victime d’une société masculine. Sa prépondérance dans la vie publique est réelle, voire son empire sur le mari est telle qu’il prend une seconde épouse pour s’y soustraire jouant de l’une contre l’autre !
- enfin, c’est le poids des travaux à accomplir qui incombent à la femme. Accroître le nombre d’épouse, c’est accroître le nombre de bras au travail.
L’entente entre les épouses (« sinàmuso ») est en fait souvent réelle. Bien sûr, une hiérarchie existe entre la première épousée (« musofolo ») et les autres. Elles travaillent ensemble sous la direction de l’aînée. La mère du mari (« bàmuso ») conserve la haute main sur la maisonnée.Chaque femme prépare la cuisine à tour de rôle. Ce service est d’ordinaire en relation étroite avec la vie sexuelle : le lien entre ‘la table’ et la ‘natte’ n’a rien pour surprendre. Que le mari la reçoive dans sa case ou qu’il se rende dans la sienne, importe peu. La condition de la femme d’enfanter va de pair avec celui de préparer la nourriture.
Il est d’ailleurs remarquable qu’après la ménopause, la femme ne cuisine plus. Elle sera amenée à donner des avis, être présente à des rituels comme si elle était ‘devenue un homme’.
Le malheur est que le mari polygame n'est pas toujours à la hauteur de ses responsabilités. Il est courant qu’il cède à une prédilection en faveur de la plus jeune des épouses et rompe ainsi l’harmonie du foyer.
Quelle attitude adopter alors ? Comment retrouver les bonnes grâces du mari ? Pour ce faire comment éviterait-elle le recours aux marabouts et devins qui lui donneront la recette miraculeuse (amulettes et talismans, poudres à faire boire au mari) pour retrouver sa place ?
La jalousie, « sinava », peut être alors féroce et pas seulement dans les chansons.
2 - LE MARIAGE MENACE
Comme de bien entendu, tous les témoignages concordent les époux bamanan sont fidèles ... ce sont les femmes qui ne le sont point …
Il en est de la société africaine comme des autres, les aventures extraconjugales répondent aux épousailles formelles.
Les chansons et histoires nous en donnent la teneur.
Homme qui te cache,
Salut, petit homme qui te cache
Sur le toit de ta case.
Comment ça va à la maison,
Vieil imbécile couché
Sur le toit de ta case ?
Homme qui te cache,
Salut, petit homme qui te cache
Sur le toit de ta case.
Comment ça va à la maison,
Homme jaloux couché
Sur le toit de ta case ?
Cette satire exprime avec humour la situation du jaloux qui caché sur une terrasse pour surveillerles allées et venues d’une épouse réputée infidèle.
Mais, une femme de Béléko nous éclaire : « Ce n’est pas grave, pour les femmes mariées, d’aller vers une autre homme … à condition que le mari ne l’apprenne pas ! ».
Un jeune homme m’a dit de te saluer mon amie,
Un jeune homme qui a le teint clair
Et la peau noire
Te salue mon amie.
Où l’as-tu vu mon amie ?
Je l’ai vu là-bas à Nyoro, mon amie !
Quel pantalon porte-t-il mon amie ?
Un pantalon rayé, mon amie !
Un message qu’on vous confie, ça vous lie ?
Un message qu’on vous confie, ça vous lie !
Je cours à Nyoro voir mon ami !
Et plus clairement.
Nos maris nous ont dit : « apportez nous de l’eau ».
Nos amants nous ont dit : « apportez nous de l’eau ».
Mon mari est assis sur un talus.
Mon amant est assis sur un talus.
Mon mari va se tasser, se tasser.
Tant qu’il attend sur son talus.
Je n’y vais pas
Pour demeurer auprès d mon amant.
Le théâtre traditionnel du « kòtε » met en scène lui aussi ces situations où la femme adultère et le mari jaloux font rire.
Cependant, un adultère « jàdoya » peut se payer en principe par le fouet, le renvoi dans sa famille la tête rasée et la dot rendue au mari. Le code civil malien de l’époque autorise le juge à prononcer le divorce à la demande de l’un des époux.
Toutefois, commis entre beaux-frères et belles-sœurs, la 'faute' n’appelle pas à des sanctions, la famille assure en ce cas sa propre régulation.
Le mariage est souvent l’union fragile entre deux familles, le résultat des tractations laborieuses et ce n’est pas une faute passagère et sans lendemain qui va rompre l’union. Une simple amende (un chevreau, une poule sacrifiés au « bòli » * (voir L'UNIVERS RELIGIEUX ANCIEN) peut réparer l’offense ou alors une convocation du fautif devant le conseil des anciens.
Remarques : ce sont souvent les chasseurs qui seraient victimes de ces déconvenues … Chasse/Gibier, Homme/Femme, Brousse/Village autant de couples antinomiques rimant avec Social/Asocial ou Contrôlé/Incontrôlé.
A ce titre pendant longtemps, les relations sexuelles dans la brousse étaient interdites et en principe impensables.
Sans doute existe-t-il aussi des maris qui sans scrupule n’hésitent à ‘prostituer’ leur épouse afin d’obtenir d’un créancier trop exigeant, la remise de dettes. A moins que le prêt de sa femme pour une ou plusieurs nuits sera un arrangement possible. Il ne semble pas que cette manière de faire soit à Béléko de pratique courante contrairement au fait de marier contre son gré l’une de ses filles.
3 - UNE VIE INCERTAINE OU LA DIFFICULTE D’ÊTRE FEMME
La femme qui arrive au sein d’une nouvelle famille devra se faire aux habitudes et goûts des un-e-s et des autres, s’entendre dire qu’elle ne sait ni cuisiner, ni laver. Son mari lui-même sera longtemps pour elle un étranger surtout s’il est âgé.
Le vieux ne plaît à personne (ter)
Retourne toi, retourne toi
Sa barbe est toujours là
À côté de toi
Retourne toi, retourne toi
Toujours à côté de toi
Il crachouille !
Retourne toi, retourne toi
Il est là
Avec son bonnet à oreilles
Un manque de pudeur
A fait de vous
De vraies filles à vieillards
Ou bien, c’est la loterie que décrivent plusieurs chants :
Aller chez un mari
Ça ressemble à un partage de viande
Celle qui a de la chance
Héritera de la graisse
Celle qui n’en a pas
Rongera les os ! (bis)
Étrangère à sa belle famille, elle ne se sentira jamais intégrée. Le mariage est une condition à laquelle on se résigne par devoir et le bonheur consiste surtout à se satisfaire de son sort.
L’autorité incontestée de l’homme sur la femme est fondée sur des dictons d’une ‘sagesse millénaire’ (!) : « La femme n’est pas maîtresse d’elle-même », ou « elle est née esclave, elle n’a pas d’âme » ou encore « elle est la semelle, il est la courroie ». Plus dur encore : « Venue dans ta maison (celle du mari), elle est susceptible de la quitter et d’épouser ton pire ennemi ».
Face à cette situation, l’amitié (« teriya ») y compris celle née dans le quartier ou le village d’adoption sera souvent un recours : confidente et consolatrice, l’amie peut rendre des services.
Les liens d’une mère avec ses propres enfants (« jigiya ») et en particulier avec ses fils (« bàlima ») seront des soutiens et facteurs d’équilibre. Et, il existe, bien sûr, de nombreuses bamana heureuses.
4 - VIE ET MORT DU MARIAGE
Les difficultés inhérentes à la condition conjugale conduisent parfois à des conflits graves, plus ou moins insolubles et amènent à l’éventualité du « fùrusa », littéralement la ‘mort’ (« sà ») du mariage(« fùru »).
Il faut savoir que même épousée, la femme demeure partie intégrante de son propre groupe familial, elle conserve d’ailleurs son patronyme (« jàmu »). Elle écoute plus volontiers père et mère que mari. Il pourra arriver qu’une ‘fugue’ chez ses parents soit le recours à une dispute familiale. Mais, il semble qu’elle est moins fréquente qu’autrefois d’autant plus qu’on marie moins les filles contre leur gré.
Il est même arrivé en 1969 à Tyékouméla que deux jeunes gens refusant les projets des parents de la jeune fille se soient enfuis en Côte d’Ivoire.
Si la fugue relève de l’initiative de la femme, la répudiation est l’arme du mari. Suite à plusieurs fautes graves : travaux domestiques fait à la va-vite, douche du soir jamais prête, linge non lavé, cuisine immangeable, longues absences, … et faute de s’amender, il peut arriver que son mari la chasse momentanément.
Ce peut être la première étape vers le divorce qui pourra avoir d’autres causes comme la stérilité de l’épouse, -malgré l’intervention éventuele d’un guérisseur.
Bien souvent (9 fois sur 10 dit-on), ce sont les interventions des mère et belle-mère, qui aboutissent au divorce. Les maris, par négligence ou avarice, peuvent aussi en être la cause. Ou encore, si l’union s’est faite aux temps de l’abondance et de la prospérité, et que les temps soient devenus plus durs et les promesse non tenues.
La femme peut même en appeler aux autorités, au commandant de Cercle (département), voire menacer de se suicider : c'est ce qu'affirme le chanson.
Papa commandant, mon père,
Griot respecté,
Je suis résolue à divorcer.
Si tu ne parles pas
Au père qui m’a donné la vie
Je vais me donner à l’hippopotame du fleuve
Pour qu’il fasse de moi son repas de midi.
Le cas échéant, par l’intermédiaire du « fùrujatigi » (négociateur de mariage), les dons (pas ceux qui ont été mangés) faits depuis le « wòrosiri » (la promesse de mariage : * voir LE MARIAGE) sont restitués. La femme retourne chez ses parents mais les enfants de l’union restent dans la famille du mari.
Si c’est le divorce est imputable au mari (impuissance), la famille de l’épousée ne rembourse rien.
17:40 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.01.2008
L'EVOLUTION CONSTATEE EN 1970
Dans la société bamanan, le primat de la famille étendue « dù » sur la réalité sociologique du couple, son rôle déterminant dans la négociation d’un mariage à venir et la sauvegarde du mariage réalisé, le peu de place fait à l’expression des sentiments personnels perçus comme menace pour la cohésion du groupe, sont les témoins d’un ordre social hérité d'une situation ancienne. La soumission de chacun-e et particulièrement de la femme, depuis le plus jeune âge, voire depuis la naissance, est entière.
Pourtant, dès 1960 et même un peu avant, les règles du jeu changent, même à Béléko : l’amélioration des communications avec les secteurs voisins comme à Sorokoro (20 km) l’existence d’un bac sur le Bafing facilite les déplacements vers Ségou (120 km) et Bamako (180 km) ; la scolarisation progresse ; la culture du coton et les échanges commerciaux s'étendent.
En fin des années 1970, la radio se démocratise grâce aux ‘transistors’. Avec les migrations se multiplient les comparaisons. Il est de bon ton d’émigrer quelques années en Côte d’Ivoire et d’en revenir avec une bicyclette, costumes et pécule, ... ce qui ouvre les portes de la considération sociale. Il est avantageux de passer quelques semaines à Fana (70 km au nord) pour la récolte du coton et d’en revenir avec une petite fortune 70 000 F cfa et même 100 000 F cfa.
En moins de dix ans, tout l’univers traditionnel est bouleversé. Le cercle des alliances va s’agrandir. La scolarisation des filles va compliquer les données traditionnelles : réputée incapable d’accomplir les tâches ménagères, la femme ‘écolière’ fait l’objet de réticences de la part du garçon illettré ; par contre, celle-ci s’éveille à de nouveaux besoins comme épouser un instituteur, un fonctionnaire, un commerçant mieux à même de la comprendre.
La nouvelle législation assoit le consentement de la jeune fille et contrarie la coutume. De surcroît, les traditions musulmane et même chrétienne se joignent à cette évolution. La tradition bamanan fait de plus en plus figure de parent pauvre. Certes, des résistances concrètes et tangibles se manifestent comme la polygamie ou l’endogamie des forgerons qui se maintiennent dans les années 1970.
Un proverbe malinké affirme "qu'un vieillard de cent ans et un jeune qui a 'parcouru' son pays peuvent causer ensemble.".
Note de la rédaction du blog : La société traditionnelle est clairement totalitaire. Autant que toutes celles où l’on vit replié-e-s sur quelques kilomètres carrés et où l’environnement ne permet guère de s’en sortir seul-e.
Pouvaient-elles résister, ces sociétés anciennes voire archaïques, bien que parfaitement autonomes, et de très haute qualité environnementale comme on le dit aujourd'hui, confrontées aux civilisations 'modernes' (celles de l’arme à feu, de l’arme à répétition, du moteur thermique, des applications électromagnétiques à outrance, …) ?
Peuvent-ils et peuvent-elles résister à nos univers où - je l’entends à l’instant à 22h07 en ce 23 janvier 2008 sur FRANCE 5 émission « C’est notre affaire » titre du jour Mariage : l’institution fait toujours recette- on évoque un ‘petit’ mariage qui coûtera aux deux jeunes gens 26 000€ dont 13 000€ rien que pour la nourriture. Soit 15 000 € d'économie et 9 000€ d'emprunt !
Soit le budget d'une commune malienne de 10 000 habitant-e-s ... pour dix années !
22:45 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22.01.2008
LES SOCIETES D'INITIATION
1 - L'UNIVERS RELIGIEUX ANCIEN
L’univers religieux actuel est bien sûr l'islam qui est à 90% la pratique malienne. Pourtant, le monde symbolique ancien des bamanan ou malinké, toutes deux populations mandingues, repose sur un ensemble de croyances qui n’était pas rigoureusement structuré mais cohérent.
Passons en revue les lieux de culte des années 1960 à 1970.
[sur la photo : poterie sacrificielle du Wara, dans le quartier de DOUGOUYALA, où l'on fait couler le sang des poulets et animaux sacrifiés ; remarque de M. Dieudonné BOMBA : " En fait, la photo de la poterie sacrificielle de dougouyala n'est pas Wara mais plutot Daga qui contient de l'eau dont cette eau peut soignée beaucoups de maladies comme : les maladies de la peau « farinalèn » et les poisons « kèngônô»].
Le premier lieu de culte est en quelque sorte le « blòn » ou vestibule de la concession (propriété). On y conserve les objets rituels, transmis de génération en génération. Sur ses parois, on y trace, par exemple, la silhouette d’un homme ou d’une femme au moment de leur décès.
Le culte des bosquets (« tùba ») et bois sacrés (« sanantu ») va de pair avec celui des génies protecteurs du sol. C’est là qu’on sacrifiera un poulet (femme stérile), un coq ou un bélier (guérison d’un enfant ou d’une personne). Chaque quartier y va de son sacrifice peu avant la saison des pluies.C’est parfois un baobab (« sira ») ou l’acacia albida (« bàlansan ») voire des fourrés d’épineux.
Si un endroit (bifurcation ou carrefour de chemins), est réputé animé par des mauvais esprits, il sera l’objet d’un dépôt d’offrandes (tessons de poteries, lambeaux de vêtements, plumes de poulet, graine de mil, …).
[photo : Cimetière GABOU 2003]
Il y a ensuite les « bòli » (autel) ou objets de vénération. Ils sont censés préserver de tous les dangers de l’existence et formés de l’amalgame de n’importe quels objets : racine ou liane (contre les serpents), pierre, morceau de métal, …
Protéger des jumeaux. Au moment du départ en voyage ou au service militaire. D’un accident de chasse.
On vénère aussi le « jinε » dont le nom est d’origine est islamique. Mâles ou femelles, les « jinε » sont dans le marigot, les rochers, … ce sont des habitant-e-s de la brousse comme le « wòklo », nain au pied inversé, qui occasionne la naissance d’enfants mal formés. Il y a à Béléko un « jinε » bienveillant, « dàsiri », on ne sait où il réside exactement mais il est là.
Dans les villages voisins, il sera dans un arbre (« dyiri »), un puits (« kolon »), un marigot (« koba »), une colline (« kuru »), …. Il donne la force et la fécondité, éloigne les maladies,
[photo : rocher KOULOUN 2004]
Les ancêtres sont également vénéré-e-s. Autre pratique proche de la superstition : le « tné » ou le <tabou>, qui consiste en un certain ombre d'interdits variant selon les personnes ou les familles.
L’objet du « tné » peut être un animal, une plante, un fruit. Ce peut être un animal générique ou un animal ciblé.
Ainsi, le crocodile du marigot du village sera respecté. Les baobabs le sont aussi mais parce qu'ils donnent des fruits appréciés.
Cet usage est variable. C'est l'exemple de l’interdiction concernant le python. Dans le même village, pour les un-e-s, il n’est pas possible de le chasser, alors que pour d’autres il est carrément interdit de le regarder sous peine de malheurs.
[photo : graffiti KABATE 2007] Evidemment, en près de cinquante années, les choses et les esprits on évolué. les communications -radio, télévision, téléphones modulaires, voyages et migrations- ont nivelé les modes de pensée, donné d'autres sources d'inspiration.affaibli les pratiques nettement superstitieuses. La religion musulmane est maintenant assise et fait l'objet de coopérations avec des pays plus riches qui dotent le pays d'instituts et moyens matériels plus importants.
Un interlocuteur nous disait en 2004 qu'était passée dans leur village une délégation de pakistanais dénigrant leur pratiques voire leur façon d'être (vestimentaires notamment).
2 - LES SOCIETES D'INITIATION
Les enseignements de la société du « Kòrε ».
MARCEL GRIAULE : « [en Afrique,] Dans le cadre des classes d’âge, des sociétés de métiers, des cultes, d’initiation, …, chacun reçoit une somme d’enseignements qui se recoupent les uns les autres. [...]. Pratiquement, l’individu est comme enserré dans un réseau de correspondances symboliques dont il n’aperçoit certes pas toujours l’étendue et la complexité, mais dont il connaît l’existence, et qui lui permet de trouver lui-même un grand nombre d’explications aux comportements de ses semblables et à l’organisation sociale, religieuse ou juridique dans laquelle il s’insère. »
Il existait jadis plusieurs sociétés d’initiation ou « jò » (serment) telles « N’domo », « Komo », « Nama », « Ciwara » et « Korε ». « N’domo » par exemple était une sorte de ‘bizutage’ dans la forêt des plus jeunes par les plus grands.
Seul le « Korε » était réellement développé à Béléko dans les années soixante.
De quoi s’agit-il ? « Connaissance de Dieu, déification de l’homme, trop plein de plénitude, ennoblissement de l’homme ». L’ambition d’une telle démarche apparaît démesurée. Elle suppose un long rituel et un difficile apprentissage au cours duquel l’initié doit mourir à une certaine enfance pour ressusciter à la connaissance véritable.
Chaque « korεden » -membre du « Korε » - appartient à une des huit ‘classes’ qui le compose. On ne change pas de 'classe', on peut seulement franchir des degrés dans la même ‘classe’.
Comment fonctionne exactement le « Korε » ? Il est difficile d'en connaître les règles. Ainsi, sait-on seulement que le fils cadet appartiendra à la même classe que son père et tout fils aîné de la famille appartient à la même classe que le frère aîné de son père.
- le degré inférieur est la classe de ‘singes’ ou « sula » ;
- la 'classe' suivante est celle des ‘maîtres du fouet’ ou « bisatigi » qui se flagellent cruellement durant les célébrations ;
- suivent les « sùruku » ou ‘hyènes’
- les « tatugu » ou ‘porteurs du feu’ semblent insensibles à toute brûlure ;
- les « korεduga » dits ‘vautours du "korε"’ dont le comportement excentrique exprime la liberté totale de l’homme qui a trouvé Dieu, et en fait ils sont les maîtres des cérémonies ;
- les « kuruma » ou ‘bosselés’ par les cicatrices des profondes entailles qu’ils se font avec des épines ;
- les « jarà » ou 'lions', se veulent expression de « la noblesse, de la justice et de la sérénité de Dieu » ;
- enfin, ce sont les « karàtigi » ou ‘maître du « karà » point culminant du « Korε » car l’initié atteint alors « l’identité de Dieu ».
Les célébrations sont septennales et s’ouvrent par des chants qui ne manquent pas de piquants : l’âge ne donne pas la sagesse, et la barbe non plus, « sinon le bouc serait plus savant que son maître ! ».
Chaque classe a ses propres chants que les « korεduga » entonnent successivement.
Pour les « jarà » par exemple :
Grand lion, enseigne les enfants,
Et toi, boa, enseigne les enfants,
Grand lion, enseigne les enfants,
Et toi, boa du grand bosquet, enseigne les enfants,
Boa, enseigne les enfants,
Et toi, lion du grand bosquet, enseigne les enfants.
Remarque : l’épouse d’un « korεduga » et, elle seule, peut porter la livrée de son mari, être associée aux festivités et même assister aux funérailles d’un membre du « Korε ».
Le « Korε » a eu une éminente valeur sociale et d’intégration ; elle a été une école de formation d’une grande rigueur dont les secrets ont été jalousement gardés par tous ses membres quel que soit leur classe. De nos jours, il est en voie d'extinction.
09:45 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20.01.2008
LES APPARTENANCES SOCIALES
Il est question dans cette partie des appartenances sociales et équilibres de la vie sociale
Les choses en Afrique -comme partout- ne sont jamais telles qu’elles apparaissent. Certains signes permettent de distinguer l’extraordinaire stratification sociale mais le vêtement par exemple ne suffit pas toujours pour la décoder.
Voici quelques clés de la société des années soixante qui peuvent sans doute aider à la compréhension.
La trame la plus importante est l’origine sociale et à ce titre viennent en premier les nobles ["tu ntigi u"], ce sont les ‘porteurs de carquois' et donc d’origine guerrière.
Le critère suivant qui structure la vie de la société, est fondé sur la disparité liée à l’âge. Rien ne peut suppléer l’âge car on ne peut changer de génération.
Ainsi du côté des hommes :
"Cèkoroba" : les hommes les plus âgés
"Cèkoro" : les hommes d’âge mur
"Kamalen" : les hommes jeunes
"Kamalen" : les petits hommes jeunes
"Bilakoro" : les jeunes gens
"Dénmisen" : les enfants incirconcis
Et du côté des femmes :
"Mùsokoroba" : les femmes les plus âgées
"Mùso" : les femmes d’âge mur
"Mùsomise" : les jeunes femmes
"Npogotigi" : les fillettes au seuil de l’adolescence
et non excisées
"Dénmisen" : les petits enfants
Cette pyramide des âges structure l’ensemble de la vie sociale. Parce qu’ils sont les plus près des ancêtres, les Cèkoroba détiennent l’autorité dans la famille, le quartier, le village : ils formeront le conseil des anciens ...
Cette gérontocratie n’est pas sans inconvénient : à cette époque, les chefs sont très souvent des vieillards impotents, aveugles, gâteux.
En fait, ils jouissent de l’influence que leur donnent leur position, leur richesse, et leur âge.
Les générations se succèdent ainsi par vague. Chacun-e peut être sociétaire du « korè » ou membre d’un « ton ».* voir la partie SOCIETES D'INITIATION et ENTRAIDE VILLAGEOISE.
18:20 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'ENTRAIDE VILLAGEOISE
l’entraide villageoise ou la société du « tòn »
Dans la société villageoise, chacun-e sent sa dépendance des autres : l’agriculteur n’a forgé la « daba » (houe) qu’il utilise, il n’a pas tissé les vêtements qu’il porte. Dans le passé, les récoltes de mil se faisaient ensemble par quartier.Il existe aussi des groupes d’entraide dans le travail : c’est le « dàma ».
De leur côté, les femmes pratiquent le « wolosi » en s’organisant en association.
A l'époque, la solidarité s’exprime d’abord dans le prêt de la terre qui s’effectue sans rémunération, car la terre ne se vend point, ni ne se loue.
Enfin, il y a le « ton » c'est-à-dire ce qui se fait en association : exemple, un village peut être une association de chasseurs. Mais sans précision, il s’agit du « tonci » ou communauté de travail dont un proverbe dit qu’il fait agrandir le village : « tonci à bé dùgu korota à bé dùgu yélén ».
Version jeunes : le « ton » rassemble toute la jeunesse d’un quartier, garçons et filles réuni-e-s, … cependant au-delà d’une quarantaine le « tonci » se scinde en deux, quelquefois sur des principes ethniques.Le ton est hiérarchisé : à son sommet, il y a le « tontigi » -le plus âgé de la classe des aînés ; il est aidé d’un porte parole,le « tonjeli » ou « tonboloma » , le bras ou griot du « ton » ; les « tonde » forment la masse des participant-e-s.
Du côté des filles, il y a la « npogotigikuntigi », la plus âgée du groupe. Les membres sont des « tonmuso ». Chaque membre ou « tonde » se choisit une « tonmuso » dont les relations sensiblement codifiées amèneront à des petits cadeaux et services réciproques. Ces relations pourront perdurer au-delà de l’adolescence.
Remarque : « npogo » = fille non excisée ?
Même si, en 1960-70, Béléko ce n’est pas le cas, il est un autre aspect du « ton » qui lui se réfère à une société de culture, ce sont les « dyo » ou sociétés d’initiation du travail agricole (« nama ») ou non « tyi ».
Cette entraide, seconde nature africaine, s'est retrouvée au sein des communautés de migrants bien souvent réunie en associations des ressortissants de villages ou de communes.
10:55 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.01.2008
LES ARTISANS DES ANNEES 1960-70
Trois pôles majeurs structurent le monde traditionnel de la savane de cette époque :
- la terre que cultive le paysan.
- la forge où le forgeron fabrique les outils que la mettront en valeur.
- la parole du griot,
Dans la société bamana traditionnelle en grande majorité agropastorale, le monde des forgerons (« nùmu ») et des autres artisans « nyanmakala » occupe une place à part .
Selon HAMPATE BA, les artisans sont les forgerons, les artisans du bois (« kùle »), du cuir, tisserands, musiciens, généalogistes, … et même les griots (« jèli » ; « fùne » ; « gawulò »). Chaque métier est un langage qui reproduit les mystères de la création.
Mais parmi eux, le forgeron est celui dont l’art permet le travail de la terre. La mythologie de nombre peuples de l’Afrique Occidentale affirme l’origine céleste des forgerons : « Dinyε sigilεn numùdén mà » : l’univers est assis par l’enfant du forgeron. A ce titre, il est sans doute envié mais parfois également méprisé … On se plaint parfois de ses tarifs : un poulet, un panier de mil, une somme de cinquante deux F cfa pour une circoncision, … mais on accepte sans remettre en cause sa fonction qui lui appartient de droit depuis des générations.
Le forgeron a parmi eux une place à part : son art est « celui de la création », chacun des éléments de la forge l’associe aux mystère de la fécondité ; un savoir faire d’origine supra humaine en quelque sorte.
L’endogamie stricte des forgerons nourrie des sentiments ambivalents car il est selon les circonstances artisan, ‘prêtre’ officiant la circoncision voire l’excision, ‘magicien’ ou sorcier faiseur de pluie, croque-mort, dentiste, avorteur, gynécologue, négociateur de paix ou de mariages, conseiller de chef du village, … [P. CLEMENT in Revue de Géographie avril-juin 1948]. D’une manière générale, les « nyanmakala » ne se marient qu’entre eux.
Remarques sur les griot-e-s :
- les « gawulò » sont toujours en voyage, n’est pas sédentaire et réputé d’origine peule ; il est au dernier rang de l’échelle sociale ;
- les « fùne » sont à cette époque une dizaine d’hommes, femmes et enfants ; ils et elles sont logé-e-s et nourri-e-s dans le village et objets de cadeaux. Ils peuvent être très riches mais ce sont des mendiant-e-s professionnel-le-s !
- les « jèli » (griots) font l’éloge des familles à l’occasion de fêtes et en reçoivent des cadeaux ; depuis deux générations, ils sont installés dans le village. ;
Autre particularité :
- le « kùle », bûcheron et travailleur du bois, est réputé pratiquer l’inceste sur sa fille ! Sans doute, est-ce la conséquence d’une endogamie stricte ;
Dans le Béléko des années soixante-soixante-dix, la position des forgerons est celle décrite ci-dessus. Encore qu’en 1960-70, il n’est plus nécessaire de réaliser de bas fourneaux car on récupère du métal partout. Une partie de leur main d’œuvre est donc redevenue paysanne. Autre évolution à Béléko et dans les villages voisins, il arrive que les règles d’endogamie ne soit plus respectées : griots et forgerons nouent parfois des alliances entre familles de. (une forgeronne de Soba avec un griot de N’Golokuna).22:35 Publié dans solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
LES RELATIONS FAMILIALES TRADITIONNELLES
Dans les relations familiales traditionnelles, originaires, il est nécessaire de comprendre un lot de notions étonnantes pour les occidentaux moyens -encore que l'évolution récente par les divorces et remariages complique les situations-
Appellations dans la parenté :
- « baba » pour ‘papa’ et « mamà » pour ‘maman’ ainsi que « bàkoro » et « mamàkoro » mais l’intéressé-e sera toujours appelé-e par son NOM.
- les collatéraux de la même génération (frères, sœurs, cousin-e-s, croisé-e-s et parallèles) s’appellent par leur NOM et pour les plus âgé-e-s « koroke, /koromuso ».
- les collatéraux de la génération précédente : respect d’un double critère opposition croisé/parallèle et masculin/féminin.
La tante paternelle est appelée : « Téné une-telle» (féminin croisé)
L’oncle maternel (masculin croisé) : « Bénke un-tel ».
Par contre le frère aîné du père (masculin parallèle) : « babàkoro » [papa ancien] et les autres « bàjàn » [papa de grande taille], « bàninceni » [petit papa].
Cependant par dérogation, la sœur aînée de la mère (féminin parallèle) : « Bàkoro » [papa ancien] et les autres « Bànàn ». « mamà » est donc réservé à la mère biologique et les éventuelles coépouses.
Les frères du père sont appelés « fàkoro » [père ancien pour les plus âgés que son propre père] et « fàcenin » [petit père pour les plus jeunes] et leurs épouses seront des ‘mères’ « bà » ou « bàro ».
Les soeurs de la mère sont appelées indifféremment « bàkoro » ou « bànan ». Leurs maris respectifs seront des « dnan ».
Les soeurs du père sont appelées indifféremment « tène » et leur époux des « dnan » qui les appelleront ’mon garçon’ ou ‘ ma fille’.
Les frères de la mère seront les « bénke » suivi de leur nom : ex. « benke N’Golo ». Remarque : « bén » est ‘celui que l’on rencontre’.
Les autres parents de la génération précédente seront « dnan, benke, bàkoro, banan ».
L’ensemble de la parenté du côté paternel ou « fadenya » rassemble les enfants du même père bien que de mère différentes, et les enfants des frères du père.
L’ensemble de la parenté du côté maternel ou « badenya ».
La « balimaya » est l’ensemble de toute sa parenté sauf celle en ligne directe ou parfois seul-e-s ceux de sa génération.
Les dénominations des générations sont données ci-contre.
Il est des comportements obligatoires de chacun-e avec sa parenté.
Personne n’a en principe de relation privilégiée avec ses propres géniteurs. Sauf, celles entre un fils et sa mère sont d’une autre nature : il a une prédilection pour elle à tel point que marié, il prendra toujours parti pour sa mère contre sa femme.
Il est de coutume que le fils cadet se charge de l’éducation du fils aîné de son frère aîné : il devient « làmofa» ‘le père qui élève, qui éduque’, le père adoptif en quelque sorte.
Le fils cadet restera vis-à-vis de son père biologique dans une attitude pleine de respect, et de réserve en présence de tiers.
Les liens entre la mère et la fille sont encore plus forts : plusieurs chants de jeune fille expriment ce fait.
L’oncle maternel ou « bénke » peut servir d’allié et offrir un refuge (circoncision) et « tene », la tante paternelle pourra trouver une épouse pour son neveu, ses malédictions seront redoutée.
La plaisanterie est d’usage entre gds parents et petits enfants : les premier traiteront les suivants de « t’ekolo » ou ‘peureux’, de « kakala » ou polisson ; inversement, les aïeux seront traités d’édentés « ntà » ou « dala kolo » (bouche vide).
Les rivalités interviennent entre frères et sœurs d’un même père mais surtout entre enfants de mères différentes : c’est la « fàdenya » opposée à la « badenya » (fraternité utérine).
« Les dents et la langue sont proches mais se querellent » = la cohabitatiion ne va pas sans malentendus et conflits inévitables.
Dénominations dans l’alliance : en effet, par mariage
Le mari et la famille de son épouse :
- son épouse -> « némuso » : ‘ma femme’
- le mari - > « n’cé » : ’mon homme’
ou - > « né ka so tigi » : ‘le maître de maison’
Jamais elle ne l’appelle par son nom.
- du père de son épouse : - > « biranké » : « l’homme de l’alliance »
- de la mère de son épouse : -> « biranmuso » : « la femme de l’alliance »
Et le gendre pour ses beaux parents sera aussi le « biranké » : « l’homme de l’alliance ».
- les grands parents de sa femme seront « moke » et « momuso » (vocabulaire de parenté ordinaire).
- « buranke » et « buranmuso » sont les personnes de la même génération que les parents (oncles et tantes par alliance), c’est ainsi que l’épouse qualifiera toutes les personnes de la famille du mari.
Cliquez sur le schéma ci-dessous. Il présente les cousin-e-s parallèles ou croisé-e-s avec lesquel-le-s les attitudes pourront varier nettement. "Fà" est le père et "Bà", la mère. Les personnages sans appelations sont époux ou épouses des intéressé-e-s.
Remarque finale de la rédaction : le livre intitulé "MUTILEE" et signé 'Khaldy' chez OH ! Editions [et chez POCKET], actualise le thème décrit dans la thèse ici résumé. Seules différences, il s'agit d'une sénégalaise (et non malienne) de culture soninké (et non bamanan), d'un cas personnel (et non générique) ; Khady est née en 1959 et excisée en 1967, elle n'a pas huit ans. Elle finit pas devenir militante du GAMS. Elle décrit le temps qui a fallu et les circonstances qui lui permettront de s'émanciper du joug traditionnel. Les relations familiales élargies et particulières sont une illustration parfaite du travail de René LUNEAU.
Elle y conte en définitive une des suites possibles de la vie rurale de cette époque qui est l'émigration, et préfigure les terribles aventures individuelles et difficultés d'adaptation à la société occidentale.
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